#IdiotDuJour : une fondation utilise de l’argent public pour promouvoir la langue basque… via des vidéos érotiques

By on février 1, 2012



Quand des Fondations font une étrange utilisation des deniers de l’Etat, la polémique ne tarde pas à poindre : en France il y a le complexe #CarlaGate, en Espagne il y a les vidéos pornos. Pas tout à fait le même genre…

Pulse para ver el videoAmi(e)s défenseurs des langues régionales qui lisez ce petit billet rigolo, voici l’exemple-type de ce que vous ne devez JAMAIS faire pour que votre cause avance. Mais genre VRAIMENT. L’histoire que je vais vous raconter, petits et grands, enfin seulement les grands parce que les petits il faut mieux les écarter MAINTENANT de l’écran, détruirait votre crédibilité si jamais vous la répétiez.

La Fundación Leizaola est une petite association de défense et promotion de la langue basque. Elle bénéficie d’un crédit de 3 500 euros conjointement apportés par le gouvernement basque et le conseil provincial de Biscaye pour réaliser une série de vidéos dans le but de sensibiliser la jeunesse à leurs idées. Jusque là, rien d’extraordinaire. Ensuite, c’est la confusion la plus totale et ceci, dans un bordel en deux temps.

Premier temps : le résultat obtenu. Comment dire ? Effectivement, les jeunes vont être intéressés. Petit pitch de la vidéo qui sera insérée comme par magie sous ce paragraphe : deux jeunes hommes blablatent, disent des trucs pas drôles sur les filles. Tiens, il y a une blonde à forte poitrine dans les parages, semi-clone de Loana avec une autre paire de paupières refaites. Elle a tout entendu, elle n’est pas contente. Quelle punition pourrait-elle leur infliger ? Ne pourrait-elle donc pas leur donner des cours de langue, dans tous les sens du terme évidemment ? La suite, ici, c’est beau, c’est frais, ça sonne comme un mauvais porno des années 80 (ça tombe bien, les 3 500 € servaient officiellement à financer un « projet amateur ») :

Audacieux ou déplacé ? Rigolo ou obscène ? Au lieu d’en discuter sur Newsring, écoutons plutôt les avis qui s’opposent. La Fondation défend que cette mise en scène a pour unique ambition de rappeler aux jeunes qu’utiliser le basque dans la vie de tous les jours n’a rien d’affreux ou has-been. La présidente du conseil provincial de Guipuzcoa, la troisième province de la Communauté autonome basque avec la Biscaye et l’Alava, n’est curieusement pas de leur avis : « les ragots sexistes, la grammaire consternante et les dialogues contre nature » du court-métrage « ne desservent ni la langue basque ni les institutions qui l’ont financé » dénonce Lohitzun Txarola. On ne saura pas vraiment si la vidéo originale aura eu du succès : elle a été supprimée de Youtube. Mais comme sur le Net rien ne s’oublie, des copies en ont été faites au préalable. Avis partagés dans les pouces et les commentaires : certains crient, TIENS DONC, à la honte vis-à-vis des socialistes qui auraient financé l’ »oeuvre » (attention : ce lien, LA, ressemble à une sorte de RMC télévisé)…

Tout s’arrêterait tranquillement ici avec une morale pourrie de ma part si… une petite anicroche (et donc mon second temps) ne s’était entre-temps mise dans les pattes de nos moralisateurs. Oui, la réponse de la Fondation ! Car elle est… curieuse. Le 30, son président José Antonio Dorronsoro explique tout guilleret qu’il tient justement à mettre tout en oeuvre « pour que le basque ne soit plus associé à quelque chose de terne et ennuyeux » et qu’il voulait « briser le formalisme », ET ENCORE que « c’est juste que les enfants voient que l’euskera (NDLR : le basque, fallait bien que je laisse traîner le terme original quelque part pour votre enrichissement culturel tout de même) ne sert pas uniquement à passer les examens, vous pouvez vivre en euskara dans n’importe quel domaine, dans d’autres contextes liés aux loisirs ». SAUF QUE LE 31, ce même Dorronsoro explique que la vidéo… n’aurait pas dû être visible par le public sur Youtube ! « Ce sont des images brutes qui doivent être corrigées et approuvées ensuite, si nécessaire, par la Fondation » entonne-t-il alors. Moui…

La Fondation, dans tout ce tumulte, n’a finalement pas trouvé de meilleur bouc émissaire pour expliquer ce #fail mémorable que… les média, tiens ! Car, fort évidemment, tout le monde reprend l’affaire en Espagne et même moi aussi, et d’ailleurs au moment où j’écris ces lignes, il n’y a que des papiers en espagnol et un en portugais sur Google News sur cette affaire, toc toc toc on est les premiers, JE DÉNONCERAI CEUX QUI NE SOURCERONT PAS LEURS REPRISES (pas dur pourtant, les contenus de ce site sont en Creative Commons, faites mention du site + le lien et voilà quoi). Et plus précisément le journal local « El Correo » qui a révélé l’affaire en découvrant la vidéo… Dans ce cas, double morale pour finir sous forme d’ #astuce :

1> Apprends à te servir correctement de Youtube avant de crier au vol de ton intimité et à la destruction de ton image publique par les média

2> Essaie d’avoir des idées moins débiles pour défendre une noble cause surtout quand tu as, sur la homepage de ton site, une autre vidéo (supprimée tiens donc) nommée sobrement « Cock Story »… Pas besoin d’avoir un dictionnaire anglo-basque pour comprendre pourquoi cette Fondation mérite avec maestria ce titre d’ #IdiotDuJour du soir, bonsoir !


Allez, et parce que je vous ai déjà pondu un papier bien long, je vous lance une série de challengers à notre sublime vainqueur du jour sans la moindre description, que des liens direct, tac tac, un peu comme un calendrier de l’Avent numérique en fait : http://t.co/QuUQKtCLhttp://t.co/U1tmGJ2dhttp://t.co/2WIa6c7zhttp://is.gd/hrDYVShttp://bit.ly/y5MloG. Voilà, ils sont tous les cinq très bien, c’est satisfait ou remboursé mais comme c’est gratuit, c’est pareil pour moi. Enfin, vous serez satisfaits hein, parce que l’#IdiotDuJour team elle est gentille quoi. Bisous et bonne nuit si tu as les yeux pétés.

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About Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager, enseignant-raconteur de blagues et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.