[ALBUM] Lana Del Rey – « Born This Way »… to die ?

Vous n’avez pas pu passer à côté de l’ouragan Lana Del Rey sur la planète Musique. Au cas où vous l’auriez loupée en 2011, la presse musicale s’est chargée de piqûres de rappel cette année à en juger les couvs des « Inrocks » et de « Tsugi ». Son premier album « Born To Die » est sorti (officiellement le 30 janvier mais a déjà leaké), autant écouter par soi-même ce qu’elle vaut véritablement…

Que n’a-t-on pas déjà dit sur Lana Del Rey alors même que son premier album n’était pas sorti ? Mais à l’inverse, par exemple, d’une Ebony Bones!, le tintamarre qui a précédé sa première galette n’a pas été que positif. Enfin, au début, si : égérie Marilyn Monroesque aux lèvres (pour le moins) pulpeuses, sa voix nasillarde et ses clips Instagram-like ont autant enflammé la Toile que les hipsters, deux populations qui se confondent en partie. Mais l’idylle avec la Toile n’a pas duré et l’étoile Del Rey s’est progressivement éteinte, entre prestations live foirées et craintes d’un album en forme de bouse… Que vaut vraiment la coqueluche sur la longueur, que ce soit en termes de mélodies, de beats, de paroles, de cohérence d’ensemble ? Passage de revue.

1. « Born To Die » : le beat est intéressant, rappelle les meilleures productions de jj genre « Can’t Stop ». Le titre est assez charmant quoique fort conventionnel. En effet, rajouter des cordes pour faire plus « cinématographique » est le procédé le plus facile (et pompeux) de la musique actuelle mais, sur l’ensemble de la galette, il n’est pas trop mal utilisé – quoiqu’à outrance.

2. « Off To The Races » : est-elle la seule à chanter ? Quelques doutes apparaissent au début de cette chanson au rythme un chouia plus enlevé que « Born To Die » mais surtout, avec plusieurs timbres de voix : Lana maîtrise donc plus d’une octave, ce dont on a un moment douté aux premières écoutes de « Video Games » (#momentmauvaisefoi). Problème : le beat semble tout droit piqué d’une face B de Rihanna, certes souvent moins mauvaise que la face A mais qui sent tout de même le réchauffé. Dommage car (c’est mon côté classique qui parle) on sent d’intéressantes possibilités mélodiques avec ce que donne la conclusion 100% violons. Le titre se laisse écouter mais oublier assez rapidement (par contre il y a probablement de quoi en pondre d’excellents remixes).

3. « Blue Jeans » : retour à un rythme plus tranquille mais bien que ce titre était déjà sorti sur les ondes, à ce niveau de l’album, il a déjà des allures de répétition. Utiliser la même formule lasse déjà au bout de trois titres ? Il va falloir s’accrocher.

4. « Video Games » : LE titre, donc. C’est cette déclaration d’amour aux geeks qui a fait passer Lizzy Scott au statut d’icône involontaire. Il est indéniable qu’il a un potentiel tubesque assez puissant qui n’a pas manqué de ressortir : mélodie et orchestration sorties d’une bande originale de film Disney se mélangent avec la voix sans grésillements de Lana Del Rey. Ce titre contient probablement en soi l’explication du retour de bâton qu’a suivi la demoiselle ces dernières semaines : « Video Games », première chanson sortie sous sa nouvelle identité, est la meilleure piste de l’album. Donc le reste est moins bon. Ce qui est gênant pour une réputation…

5. « Diet Mtn Dew » : là encore, le beat rappelle Rihanna ou Beyoncé et le phrasé (pourtant aux accents hip-hop) de Lana Del Rey s’affadit immédiatement. Dommage pour elle que son timbre de voix ne lui permette pas (pour l’heure ?) de s’adapter à d’autres atmosphères que celles de « Video Games » ou « Blue Jeans »... La connivence lynchienne qu’on lui a souvent prêté parait dès lors bien lointaine.

6. « National Anthem » : Lana joue encore à la « Bad Bad Girl » pour passer à la radio comme toutes ses petites copines (plus à l’aise sur scène suis-je tenté de rajouter). Ne t’inquiète pas, tu vas y parvenir avec ce titre tellement calibré pour les ondes commerciales que cela en devient presque gênant pour elle de se voir annoncer sur NRJ entre une production de Pascal Obispo et Christophe Maé.

7. « Dark Paradise » : il fallait bien que cela arrive un jour ou l’autre : après le rap/RnB, les premiers éléments dubstep arrivent sur ce titre. Le beat lent du titre rend cette arrivée plus discrète mais ajoutez à cela Lana qui plane dans le monde des aigus et des cordes qui, pour le coup, sont trop présentes et donnent l’impression de nager dans des nuages de chantilly, et vous obtiendrez l’une des pistes les plus désagréables de l’ensemble.

8. « Radio » : ce titre est une sorte de compromis entre les deux tendances récurrentes de l’album, d’un côté plaire aux radios (tiens donc) en rajoutant quelques beats faciles, de l’autre plaire aux hipsters et leurs pseudo-héritiers avec des jeux sur la voix, une mélodie planante et des paroles qui veulent « se la jouer » : « It’s a fucking dream I’m living in, Baby/Because I’m playing on the radio », tiens donc. La synthèse prend à peu près sur ce titre qui se laisse écouter tranquillement, mais ce n’est pas toujours le cas…

9. « Carmen » : pendant les onze premières secondes, l’orchestration et la mélodie laissent espérer que Ryuichi Sakamoto a pris le contrôle du vaisseau. Mais seulement onze. Ce titre reproduit les mêmes schèmes que précédemment évoqués jusque là et n’apporte rien de plus. Dispensable, donc.

10. « Million Dollar Man » : malgré une surinvasion de aigus pas forcément judicieux, le titre recrée une atmosphère cinématographique perdue depuis quelques titres. Pas révolutionnaire pour un sou mais filmique sans aucun doute.

11. « Summertime Sadness » : nous n’avançons pas. Le beat rihannesque, l’affadissement, la recherche de compromis (et non pas de fusions) constituent un bis repetita un peu lassant.

12. « This Is What Makes Us Girls » : la chanson plaira peut-être à « Osez Le Féminisme », mais elle n’en reste pas moins qu’une simple piste une nouvelle fois calibrée pour les radios. Doit-on comprendre que les producteurs de Lana veulent, à l’instar d’une certaine Lady GaGa, sortir au minimum 5 singles de cet album ?

13. « Without You » (bonus) : pas mieux. (Oui, c’est tout)

14. « Lolita » (bonus) : fichtre, Lana retombe du mauvais côté de la force. Le retour des beats pseudo-dubstep, les effets pitchés à gogo et revoilà Rihanna Del Rey au comptoir.

15. « Lucky Ones » (bonus) : si la version « normale » de l’album comprenait ces trois titres bonus, il y aurait une boucle entre son introduction et sa conclusion : l’avalanche de cordes, la recherche de singularité stylistique, la voix qui va percher quelques aigus… Nous ne sommes pas chez Disney mais il n’est pas dit qu’ils ne récupèrent pas la musique pour une de leurs publicités.

L’album a donc des allures de confirmation universelle : ceux qui hallucinaient sur « Video Games » et avaient encadré la une des « Inrocks » à son sujet risquent d’exploser leurs compteurs Last.fm à force de passer « Born To Die » en boucle. Les autres se diviseront en deux catégories : les allergiques de nature à la pop et qui rejetteront par réflexe cette musique un peu éthérée, parfois peu conventionnelle mais trop souvent calibrée. Et puis les derniers, dans lesquels je me classe, qui reconnaîtront quelques trouvailles intéressantes dans les mélodies, les beats, les atmosphères mais qui n’accorderont pas plus d’importance à cet opus qu’à des dizaines d’autres d’un niveau équivalent – et, corollaire, se concentreront sur des concepts plus originaux et plus réussis. Mais qui se vendront moins, forcément. 12/20.

A ce sujet, lisez l’explication du phénomène Lana Del Rey et la critique de Matthieu Grambert > ici <

Et pour finir en beauté, petite sélection de quelques remixes et mashups qui ont été faits des premières bribes de la chanteuse… Disclaimer : il y a du bon comme du moins bon !

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.