Les 25 meilleurs albums de 2011

Au moment de l’écriture de ce post je n’ai pas encore vu l’album que j’ai placé en premier dans mon Top placé à la tête de n’importe quel autre chart similaire. Dois-je m’en réjouir ou m’en désoler ? N’hésitez vraiment pas à me répondre en commentaires, c’est un profond doute qui m’agite.

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L’année dernière, je m’étais plaint du manque de « très grand » album qui me fasse tomber par terre et « Go » de Jonsi avait presque l’air d’un vainqueur par défaut. A quelques semaines près, je l’aurais sans douté remplacé par le brillantissime « Becalmed » de Sophie Hutchings mais découvert trop tard… Ceci est corrigé en 2011. Il y a eu quelques instants de magie auditive profonde cette année dont je remercierai éternellement les auteurs. S’ils me lisent (et s’ils comprennent le Français surtout)…

Contrairement à 2010 où j’avais distingué 40 albums et 20 singles (la dichotomie d’une logique absolue), tout le monde est réduit à 25 unités cette année. Ainsi, car je suis un individu astucieux, je pourrais en dévoiler cinq par jour pendant les cinq jours de la semaine. Le sens de l’ #astuce.

25. James Blake – James Blake

Un peu comme l’année dernière, je commence mon déroulé par un album pas forcément si qualitatif que cela : mais là où MGMT avait surtout pas trop mal maintenu la barre en 2010 avec sa place de 40ème, James Blake montre dans son premier album éponyme les premières traces « visibles » au grand public de son style si propre à lui (pour l’heure), un dubstep froid et romantique. L’album, en soi moyennement convaincant, est heureusement depuis surpassé par les EP que le productif James a sorti depuis. On n’a pas fini d’en entendre parler.

 

24. Agoria – Impermanence

Quand on doute de la bonne tenue de la scène électronique française et où le meilleur DJ français (et même maintenant mondial) serait David Guetta, il est bon de se raccrocher à de solides repères. Agoria en fait partie et apporte une nouvelle preuve de sa régularité qualitative avec un « Impermanence » de fort bonne tenue, moelleux et techno comme il faut, avec un guest de Carl Craig en guise de cerise sur le gâteau.

 

23. Dominik Eulberg – Diorama

Le papy de l’électro naturelle a produit un nouvel effort végétal avec « Diorama », nouvelle démonstration du talent de cet allemand qui préfère gambader dans la nature que sur les plateaux de NRJ12. Platiniste doué et naturaliste à la fois, Eulberg livre ici une pièce d’orfèvrerie techno finement distillée, jamais répétitive, et tiens si on gambadait à notre tour, malgré le froid ?

 

22. Ben Frost & Daniel Bjarnason – Solaris

Hommage rétrospectif au film éponyme datant de 1972, « Solaris » est une formidable pièce oscillant entre modern classical et ambient. La collaboration entre le discret Australien et l’Islandais donne une concoction douce, qui s’énerve rarement mais toujours intelligemment, au final quasi-apocalyptique. Ce résultat aux forts relents cinématographiques innove peu dans le genre… mais marque beaucoup dans le coeur de l’auditeur.

 

21. Dirty Vegas – Electric Love

Petite friandise synth-pop avec le retour des Anglais de Dirty Vegas, quasiment disparus de l’encéphalogramme musical depuis sept années désormais. « Electric Love » ne se pique pas d’une ambition démesurée mais se contente très bien d’une dizaine de pistes dynamiques et taillées aussi bien pour les réveils difficiles que pour les soirées endiablées.

 

20. Laura Arkana met Peter Broderick – Lentemuziek

Belle découverte de l’année avec le premier album tout en douceur amère de cette jeune néerlandaise, chaperonnée par le touche-à-tout Peter Broderick. Huit ballades folk tranquilles et mélodiques, et le fait de ne rien comprendre à ce qu’elle raconte (et que les paroles soient évidemment indisponibles sur les Internets) n’est pas gênant : elle a une très belle voix. Et ça suffirait presque.

 

19. The Toxic Avenger – Angst

Cure d’énergie électronique instantanée avec le premier (oui, c’est son premier, si tard pourrait-on dire) opus de Simon Delacroix aka The Toxic Avenger, une pépite dynamitée aux mélodies accrocheuses, souvent accompagnées de voix qui plaisent tout de suite (Annie et Simone Elle Est Bonne dans deux genres différents). Entre électro, synth-pop et pilules plus groovy, cet album est à conseiller en cas de violente hypotension.

 

18. Jasper TX – The Black Sun Transmissions

Pas besoin de plus de cinq titres pour que le projet post-rock du suédois Dag Rosenqvist Jasper TX, déjà présenté plusieurs fois dans ces colonnes, étale son univers. « Black Sun Transmissions » en est une nouvelle démonstration planante, décollage immédiat vers une sorte d’infini anarchique, bref, tout ce que les fidèles du genre attendent de ce genre de galette. Attention : Jasper TX a quand même un truc en plus.

 

17. System 7 – Up

Les papys de la techno aux noms improbables (oui je sais, pas le physique) sont de retour avec un nouvel album qui est probablement l’un de leurs meilleurs, sinon le must have pour découvrir leur conséquente oeuvre. Entre électro directe, techno minimale et dance aux reflets trance, « Up » est un joyeux mish-mash de couleurs électroniques qui impressionne par sa cohérence. Shake your body!

 

16. Fabrizio Paterlini – Autumn Stories

Petite foison de projets « temporalisés » cette année : les albums sont dévoilés progressivement au cours du temps, pour le plus grand plaisir des auditeurs (car c’est souvent gratuit hihi). Deux exemples m’ont marqué cette année et le premier est celui du pianiste italien Fabrizio Paterlini avec son « Autumn Stories », au rythme d’une chanson par semaine rythmée par le thème de l’automne. Des mélodies intrigantes ou touchantes, toujours directes pour le corps. Bravissimo.

 

15. Bibio – Mind Bokeh

Retour déroutant de Stephen Wilkinson aka Bibio qui remise son ancien style chillout torturé au placard et s’autorise plus de folklore avec son second album, « Mind Bokeh ». Une transition réussie (malgré quelques ratés, certes) où le Britannique se fait visiblement plaisir à explorer de nouveaux horizons… et parvient parfaitement à nous transmettre ces sentiments.

 

14. Nicolas Jaar – Space Is Only Noise

Avec James Blake, c’est probablement l’un des garçons dont on entendra longtemps parler dans le petit monde de l’electronica « froide ». Même si Jaar traîne déjà ses guêtres depuis quelque temps, il livre avec son premier album « Space Is Only Noise » une prestation intéressante et cohérente, chaud-et-froid rythmique et mélodique permanent, fourmillante d’idées et de sonorités qui font mouche.

 

13. Olafur Arnalds – Living Room Songs

Second projet « temporalisé » de ce classement, après le « Autumn Stories » de Fabrizio Paterlini : le « Living Room Songs » d’Olafur Arnalds. Principe du concept développé par le compositeur islandais : sept jours dans la semaine, sept compositions dans la salle de vie de son appartement de Reykjavik, lui au piano, souvent accompagné par d’émouvantes cordes. Ce type de projet, pas tout à fait inédit pour lui, est une belle réussite mélodique, touchante et percutante (pour le cœur). PS : finalement, c’est même à conseiller aux dépressifs.

 

12. Oliveray – Wonders

La belle surprise de cette fin d’année : la collaboration entre Nils Frahm et Peter Broderick, annoncée comme un totem depuis le début de l’année, a vu le jour en sa toute fin avec « Wonders », un projet en huit pistes entre folk et modern classical, bref, les deux cordes sur lesquels les deux comparses aiment le plus jouer. Sans surprise c’est parfaitement exécuté, l’atmosphère établie est superbe, les mélodies sont à tomber… Trouvez-vous des défauts les jeunes, un peu.

 

11. Nils Frahm – Felt

Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de Nils Frahm tiens… Son nouvel album solo « Felt », sorti à la fin de cette année, est composée de neuf pièces délicates où le son est volontairement maximisé pour en entendre toutes les imperfections, les crissements… Même si cet opus met à mon sens un peu trop de temps à démarrer, il se conclut en apothéose avec le magnifique « Pause » mais surtout la brillantissime conclusion « More », qui rappellera aux fans du compositeur allemand la vivacité et l’inventivité de ses lives…

 

10. Feist – Metals

Le nouvel opus de la charmante Canadienne ne pouvait décemment pas être une déception – et il ne l’a pas été. « Metals », album cohérent et complet, est à la hauteur de sa créatrice : perché, aérien, lunaire, avec de véritables instants de magie. Préférence pour le sublime (mais un peu triste) « Cicadas & Gulls », tendre et qui ne se perd pas en tergiversations pour toucher l’auditeur.

 

9. PJ Harvey – Let England Shake

Ça commençait à dater un petit peu. PJ Harvey sort enfin un nouvel album avec quasiment rien à se reprocher, tant « Let England Shake » est riche, virevoltant et (évidemment) anglais. L’opus passe d’ailleurs parfaitement bien l’épreuve du live, une telle réussite qui a valu à PJ plusieurs couronnements critiques prestigieux cette année. Pas volé.

 

8. Azari & III – Azari & III

LA perle électro de l’année, sans trop de doute. Azari & III propose avec son album éponyme une subtile concoction de techno parfois moelleuse parfois dure, d’électro sans concession et d’effets qui, assez instinctivement, rappellent les glorieuses années 1980. Loin de retomber dans la synth-pop première phase genre Real Life, Azari & III offre au contraire le LP probablement le plus 2012 de la sélection.

 

7. Schiller – Die Einlassmusik 7

Chaque année (ou presque) Christopher Von Deylen alias Schiller propose une compilation nommée « Die Einlassmusik » (Musique d’introduction) qui, pas si loin de ses albums aux tendances majoritairement chillout (le dernier étant « Atemlos »), propose ici une heure d’ambient stratosphérique qui n’a qu’un seul but : faire totalement planer l’auditeur sans champignon ou autre substance illicite. Pour avoir une heure à soi, installez-vous confortablement, prenez votre casque, branchez doucement cet album et décrochez la Lune. Pas moins.

 

6. The Boxer Rebellion – The Cold Still

L’un des albums « rock alternatif » (même si cette expression fait de plus en plus fourre-tout) les plus brillants entendus depuis un moment. Cela faisait d’ailleurs une petite plombe qu’on n’avait pas entendu parler du quatuor écossais, tiraillé par des problèmes de maison de disque. Heureusement, leur come-back a valu le coup : « The Cold Still » est une réussite totale, entre rock un peu méchant et pop-rock plus moelleuse, surplombés par les sublimes « Both Sides Are Even » et « Doubt ». Ça valait le coup d’attendre.

 

5. Kate Bush – 50 Words For Snow

Cela fait tellement d’années que la chanteuse britannique est sur le marché et elle est pourtant toujours capable de sortir d’inédites merveilles… « Aerial » avait déjà fait cet effet : une splendeur inattendue et donc d’autant plus violente. Pourtant, sortir sept chansons sur le thème de la neige ne paraissait pas être le meilleur pitch pour un album. Mais avec Kate Bush, forcément, l’inquiétude laisse rapidement place à l’hypnose…

 

4. Emanuele Errante – Time Elapsing Handheld

Sept titres également pour ce nouvel opus du confidentiel compositeur ambient post-rock italien Emanuele Errante (ce n’est pourtant pas faute d’en avoir parlé plusieurs fois ici). « Time Elapsing Handheld » met toutes les billes de son côté avec l’hallucinante et prodigieuse introduction « Leaving To Nowhere », augurant le reste de la performance : aérien et torturé, solaire et tortueux, le style d’Emanuele Errante ne se laisse pas immédiatement adopter – tout du moins à l’habitude. Avec ce nouvel opus, vous avez une chance de vous laisser conquérir dès les premières minutes.

 

3. A Winged Victory For The Sullen – A Winged Victory For The Sullen

Collaboration entre Dustin O’Halloran et Adam Wiltzie (Stars Of The Lid), le projet « A Winged Victory For The Sullen » sort (encore un sept titres) un opus tout simplement céleste. Tout est fait pour qu’il le soit : le style de base, volontairement drone, atmosphérique entre classique délicat et post-rock spatial ; les mélodies, à tomber (Le « Requiem For A Static King Part 1 » est un court hymne à l’abandon total de soi dans les bras de la musique) ; l’interprétation, forcément parfaite. Le genre de voyage en avion qu’on ne paie qu’une fois mais dont on peut profiter à l’éternité.

 

2. Above & Beyond – Group Therapy

La perspective du second album du trio britannique Above & Beyond, cinq ans après le superbe « Tri-State », était inquiétante : la musique électronique, et notamment la trance, n’ont pas forcément bien dérivé ces dernières années. Mais Grant, Siljamaki et McGuinness savent concocter des recettes aux petits oignons et « Group Therapy » se révèle être une excellente (et rassurante !) réussite : mélodies catchy, voix à tomber (Richard Bedford et Zoe Johnston comme d’habitude), styles divers et mélange cohérent. Les Anglais ont encore des choses à nous apprendre en termes de musique.

 

1. Dustin O’Halloran – Lumiere

Dès le moment de ma critique de cet album justement lumineux, en mars dernier, je pressentais que je tenais là la possible merveille absolue de l’année. Bingo : le nouvel album du compositeur américain exilé à Berlin remporte haut la main ce classement, et cette victoire est incontestable. En neuf actes et cinquante minutes de magie, O’Halloran nous dresse un panorama complet du tout meilleur de ce qui se fait en termes de classique mélodique. Un peu cinématographique, un peu larmoyant, toujours juste à point, « Lumiere » est l’étoile qui illumine instantanément l’auditeur.

 

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.