« Nous sommes juste des gens comme les autres »

Mais où s’arrêteront les Thirty Seconds to Mars ? Le groupe de rock formé de Jared et Shannon Leto et Tomo Milicevic vient d’être récompensé par deux MTV European Music Awards (Meilleur Groupe Alternatif et Meilleure Scène Mondiale) et ils entreront bientôt au Guinness Book pour avoir donné plus de 300 concerts au soutien de leur album This is War. Après deux ans sur les routes, ils pourraient faire… un long break. Sans se reposer sur leurs lauriers.

(Retrouvez l’interview intégrale de Patricia Tanne et Gwendal Perrin en cliquant sur ce lien)

(Look at the English version of this paper + interview by clicking this link)

« La scène est le but de notre vie. Quand nous regarderons en arrière, ce sera l’un des sommets de notre vie créative. » Jared aime la scène. Même si elle l’a vidé de ses forces et l’a fait entrer au Guinness Book. Tomo sourit : « Nous ne voulions pas battre ce record parce qu’on ne peut pas s’arrêter de faire la tournée. » Et la durée du périple ? « Nous savions que nous serions sur les routes encore et encore et ce autant que possible. »

Le groupe prévoit un long break après cette tournée éreintante. Et pourtant ils ne sont pas totalement contre l’idée de faire un album acoustique de leurs anciennes chansons… « Beaucoup des chansons écrites par Jared sont en acoustique au départ et souvent elles sont superbes avec cette orchestration. Nous avons déjà parlé de faire ce genre de chose mais nous verrons bien » explique Tomo.

A propos des différences entre les publics français et américain, il poursuit : « ce qui est intéressant c’est à quel point ils sont similaires. Ils sont tous connectés et unifiés par cette même chose commune : les chansons et la musique. […] nous sommes tous pareils. Tu es Français, je suis Croate mais j’ai été élevé en Amérique. Ils sont Américains [NDLR : Jared et Shannon], mais ils ont du sang français dans les veines, c’est dans leur héritage. Nous sommes juste des gens comme les autres. »

Mais il n’y a pas que la musique dans la vie. Jared lance en riant : « Nous sommes des explorateurs de notre espace de création et de notre chaos créatif. Nous essayons de partager nos projets avec les gens ». L’homme est un touche à tout : acteur, chanteur, musicien, parolier, compositeur, réalisateur des vidéos du groupe, il est aussi peintre et ne serait pas contre le fait de montrer bientôt ses œuvres au public.

Artifact

Août 2009, lors de l’enregistrement du dernier opus : la tuile. EMI, leur maison de disques, les poursuit pour rupture abusive de contrat et demande 30 millions de dollars. Le cas est réglé un an plus tard, après une âpre bataille. Le groupe a voulu l’immortaliser dans un documentaire actuellement en post-production : Artifact. Ce film intimiste ressemble à une thérapie pour oublier cette époque trouble, ce que ne cache pas Jared : « Je pense que, dans un sens, c’est thérapeutique d’exprimer nos démons intérieurs. » Et pédagogique : « beaucoup de gens ne savent pas comment fonctionne un contrat avec une maison de disques, […] pourquoi les artistes sont constamment obligés de se battre contre les maisons de disques et nous l’expliquons dans le film ». Jared y parle de leur expérience personnelle : « Nous essayons de montrer Thirty Seconds to Mars dans le processus de la création d’un album alors que nous devons en même temps faire face à une action en justice et nous battre contre EMI ».

Ce qui différencie Thirty Seconds to Mars des autres groupes, ce sont ses fans, les « Echelons ». Ils contribuent à la popularité des trois garçons. Ces derniers les considèrent comme des membres de leur famille… jusqu’à en faire une secte ? Jared répond tranquillement : « Il y a beaucoup de connotations négatives dans le mot « secte » […] mais il y a un grand esprit communautaire dans ce que nous faisons, c’est le côté sympathique du mot secte : communautaire. […]. Ils partagent une expérience tous ensemble […] et créent des liens et je pense qu’il y a un aspect religieux dans tout ça ».

Bonnes oeuvres

Depuis plusieurs années, le groupe milite pour la sauvegarde de l’environnement. La vidéo du titre A Beautiful Lie version 2.0 est un plaidoyer pour la planète. Un site internet : www.abeautifullie.org a même été créé en 2007. Jared ajoute : « J’aimerais beaucoup m’impliquer davantage dans ce domaine mais c’est toujours une question de temps. On ne peut pas tout faire en un jour mais nous faisons du mieux que nous pouvons ».

Jared se bat aussi pour un pays cher à son cœur : Haïti. Shannon et lui y ont vécu enfants et ils ont gardé un lien fort avec cette île des Caraïbes. Un an après le séisme du 12 janvier 2010, Jared y est retourné pour aider les Haïtiens. Il a eu l’idée de publier les photos de son séjour et de reverser 100% des recettes aux organismes humanitaires présents sur place. Un livre  est en cours de finalisation : « Ça prend du temps parce qu’il y a 3 000 photos à revoir ».

L’été dernier, une ébauche de partenariat a été envisagée avec Partners in Health, organisation créée par le Docteur Paul Farmer qui aide des milliers de personnes souffrant de maladies infectieuses dans le monde. Sur ce projet à long terme, Jared confie : « Partners in Health est une belle organisation, ils ont des résultats. J’ai beaucoup appris à leur contact et nous adorerions continuer à les aider ».

Le dernier concert de la tournée aura lieu le 9 décembre prochain dans l’église Saint Peter du quartier de Chelsea à New York. La dernière représentation du groupe avant des années peut-être, mais chacun sait que Jared Leto n’est pas homme à se reposer sur ses lauriers bien longtemps…

Plus d’infos :

Thirty Seconds to Mars : http://thirtysecondstomars.thisisthehive.net/blog/

Jared Leto : http://jaredleto.com/thisiswhoireallyam/

Et sur Twitter : @jaredleto@ShannonLeto et @tomofromearth

*

Crédits photo : Isabelle Syord.

Interview

Félicitations pour vos deux récompenses aux MTV European Music Awards[1] et pour le record du Guinness Book[2]. Etait-ce prévu ? Pensiez-vous que cette tournée durerait si longtemps ? Si on vous avait dit qu’elle serait si longue, l’auriez-vous faite ?

Tomo : Je pense que oui, nous aimons être en tournée.

Jared : Oui, nous aimons ça. C’est le but de notre vie. Quand nous regarderons en arrière, ce sera l’un des sommets de notre vie créative, n’est-ce-pas ?

Tomo : La réponse à ta première question est non, nous ne voulions pas battre le record du Guinness Book parce qu’on ne peut pas s’arrêter de faire la tournée. Mais attends, peut-être que c’était prévu finalement…. Non, je plaisante ! (rires)

Pensais-tu que ça durerait deux ans ?

Tomo : Nous savions que nous serions sur les routes encore et encore et ce autant que possible. Je pense que nous l’espérions. Mais on ne le sait jamais à l’avance. Pour que tout ceci soit possible les gens doivent avoir envie de venir au concert et continuer à avoir cette envie.

(Jared, qui regarde son BlackBerry, nous montre la triade qu’il a sur le fond d’écran de son téléphone. Il aime jouer avec la forme intérieure du triangle qui apparaît en noir et blanc.)

Allez-vous sortir un album acoustique contenant toutes les chansons inédites ?

Tomo : Un album acoustique ?

Oui, avec des chansons telles que Under Pressure, The Believer, Old Blues Song…

Tomo : Whaaaa… Tu as fait des recherches ! (rires)

Non, je vous connais bien… Pensez-vous les sortir un jour ?

Tomo : Quand nous en parlons, la réponse est non. Les chansons existent ainsi. Mais c’est vrai qu’on n’est jamais sûr de tout. Nous avons souvent parlé de faire un album acoustique. Beaucoup des chansons écrites par Jared sont en acoustique au départ et souvent elles sont superbes avec cette orchestration. Nous avons déjà parlé de faire ce genre de choses mais nous verrons bien. Les chansons du passé ont pour vocation de rester dans le passé mais tout est possible.

Ce pourrait être une bonne idée de le faire. Beaucoup de gens aiment les versions acoustiques des chansons.

Tomo : Nous les aimons aussi.

C’est sympa de les entendre sur scène.

Jared : Un album acoustique ? Ça pourrait être marrant.

Penses-tu que le public français est différent du public américain ?

Tomo : Chaque public est différent l’un de l’autre. Mais la chose qui est intéressante c’est à quel point ils sont similaires. Ils sont tous connectés et unifiés par cette même chose commune : les chansons et la musique. La langue n’est pas un obstacle. Dans tous les pays que nous avons visités, nous étions tous liés par cette même sensation.

Le public français a-t-il quelque chose de particulier ?

Tomo : Je ne pense pas. Je pense que nous sommes tous pareils. Tu es Français, je suis Croate mais j’ai été élevé en Amérique. Ils sont Américains (Tomo désigne Jared et Shannon), mais ils ont du sang français dans les veines, c’est leur héritage. Nous sommes juste des gens comme les autres.

Jared : Alléluia, nous sommes juste des gens comme les autres ! (rires)

Quelles sont vos passions en dehors de la musique ?

Jared : Nous sommes des explorateurs de notre espace de création et de notre chaos créatif. Nous essayons de partager nos projets avec les gens.

Et au sujet de tes peintures ? Allons-nous les voir un jour ?

Jared : Je pense que oui, peut-être un jour. Nous devrions les publier.

Vas-tu les montrer quelque part ?

Jared : A Paris, pourquoi pas? (en Français) Ça pourrait être incroyable.

Est-ce que tu considères “Artifact” comme une sorte de thérapie ?

Jared : Je pense que, dans un sens, c’est thérapeutique d’exprimer nos démons intérieurs mais c’est aussi un témoignage sur le monde des affaires en général. Je pense que beaucoup de gens ne savent pas comment fonctionne un contrat avec une maison de disques. Je pense que beaucoup de gens ne comprennent pas non plus pourquoi les artistes sont constamment obligés de se battre contre les maisons de disques et nous l’expliquons dans le film. Nous parlons de l’histoire de la musique. Nous parlons du futur du monde de la musique. Nous parlons du fait que c’est une folie en ce moment de se battre et en particulier de se battre contre l’industrie de la musique. Nous parlons du mode de création de la musique. Et la partie expérimentale du film réside dans le fait que vous voyez des gens vraiment intelligents et expérimentés parler du monde de la musique au passé, présent et futur. Et, dans le même temps, nous essayons de montrer Thirty Seconds to Mars dans le processus de la création d’un album alors que nous devons en même temps faire face à une action en justice et nous battre contre EMI. Mais nous voyons aussi EMI en découdre et se battre et faire ce qu’ils font.

Est-ce que tu vas montrer la tournée dans ce documentaire ?

Jared : La tournée ? Non, c’est un film différent. Artifact est le making of.

Votre fan club se définit lui-même comme une famille. N’avez-vous pas peur qu’il ressemble parfois à une secte ?

Jared : C’est vrai mais je pense que c’est OK. Il y a beaucoup de connotations négatives dans le mot « secte » mais il y a aussi beaucoup de connotations moins négatives. Je pense qu’il y a eu des précédents qui ont donné au mot un sens négatif mais il y a un grand esprit communautaire dans ce que nous faisons, c’est le côté sympathique du mot secte : communautaire. Les gens sont liés les uns aux autres par une cause commune. Ils partagent une expérience tous ensembles, ils forment une communauté et créent des liens et je pense qu’il y a un aspect religieux dans tout ça.

Jared, dans une récente interview tu as dit que tu aimerais t’impliquer davantage dans des œuvres de charité. Où en es-tu ?

Jared : J’ai fait un livre sur Haïti. Je travaille dessus depuis plus d’un an. Ça prend du temps parce qu’il y a 3 000 photos à revoir. J’avais engagé un designer mais je l’ai viré parce qu’il ne travaillait pas bien sur le projet. J’ai aussi terminé un autre livre qui s’appelle Notes from the Outernet[3]. Hein Shannon ! (Jared mine avec ses mains la taille du livre) Le livre sur Haïti est grand, Notes from the Outernet est petit mais très épais, il y a 800 photos.

(Jared nous indique que les photos de Notes from the Outernet ont été prises avec son BlackBerry, ce qui explique pourquoi le livre ne peut pas être plus grand, les photos ne peuvent pas être agrandies.)

Qu’en est-il d’un possible partenariat entre le groupe, l’Echelon[4] et Partners in Health[5] ?

Jared : On ne sait jamais. Partners in Health est une belle organisation, ils ont des résultats. Tu sais, j’ai beaucoup appris à leur contact et nous adorerions continuer à les aider, c’est vraiment une grande organisation. Il y a d’ailleurs un très bon livre qui a été écrit sur le Docteur Paul Farmer, c’est intitulé Mountains beyond Mountains[6].

Oui, je l’ai lu.

Jared : Tu l’as lu ? Un très bon bouquin.

Le Docteur Farmer est vraiment un homme bien. Un bon médecin.

Jared : Oui, c’est un homme bien.

Tu t’es très investi dans différentes associations écologistes. Peut-on penser que tu vas développer cette carrière à la fin de la tournée et devenir le George Clooney de l’écologie ?

Jared : J’aimerais beaucoup m’impliquer davantage dans ce domaine mais c’est toujours une question de temps. On ne peut pas tout faire en un jour mais nous faisons du mieux que nous pouvons et c’est la raison pour laquelle nous continuons de faire tout ce qui est en notre pouvoir.

A part celle-ci, quelle est la question la plus stupide qu’on vous ait posée ?

Tomo : Tu viens juste de le faire ! (rires)

Non, excepté cette question !

Jared : Il y avait celle qui nous demandait quel genre de fruit nous aimerions être… (rires)

Tomo : Si vous étiez un fruit, quel genre de fruit seriez-vous ?

Et qu’avez-vous répondu ?

Tomo : Rien ! Nous refusons de répondre à ce genre de questions ! (rires)

Jared : Une noix de coco !

 


[1] Meilleur Groupe Alternatif et Meilleure Scène Mondiale

[2] Plus grand nombre de concerts donnés pour la promotion d’un même album

[4] Le nom du « fan club » du groupe.

[5] Site de l’association : http://www.pih.org/

[6] Ouvrage écrit par Tracy Kidder

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.