#IdiotDuJour : un preneur d’otage poursuit ses victimes parce qu’elles l’ont dénoncé

Un avocat, parfois, c’est quand même fort utile. Parce que s’il en avait eu un, Jesse Dimmick n’aurait probablement jamais commis une demande aussi saugrenue.

Nous sommes le 12 septembre 2009 à Topeka, seconde plus grande ville du Kansas. Jesse Dimmick, 23 ans, est en cavale. Recherché par l’Etat du Colorado pour le récent meurtre de Michael Curtis, il est perdu. Se cacher. Encore. Mais où ? La piste criminelle, une fois de plus, lui semble la meilleure. Il prend alors en otage un couple de Topeka, Jared et Lindsey Rowley, que l’imagerie télévisuelle devrait probablement décrire comme un « couple sans histoires » ou, pour reprendre une expression pernautienne qui ne veut strictement rien dire, des gens « bien de chez nous ». Comme s’ils habitaient dans les toilettes de Jean-Pierre. Enfin bref. Cela ne veut pas dire que les Rowley sont super vilains, je n’ai aucun élément dans ce sens, mais voilà quoi.

Que s’est-il exactement passé lors de cette prise d’otages de Topeka ? Selon Dimmick, il aurait proposé une somme d’argent à ses otages (!) pour qu’ils le protègent des forces de police, qui auraient accepté de manière orale. « Je leur ai proposé une somme d’argent et ils ont accepté. Il s’agissait donc d’un contrat » clame désormais celui qui, pour cette prise d’otage, a déjà été condamné en mai 2010 à dix ans et onze mois de prison. Car oui, la prise d’otages s’est moyennement terminée pour Jesse : une fois endormi, les Rowley se sont enfuis et ont appelé la police pour qu’ils viennent arrêter leur séquestreur. Déjà là, le fait de ne pas avoir attaché ses otages pourrait donner d’office un titre d’ #IdiotDuJour rétroactif à Dimmick. Mais, emprisonné de sa prison d’Adams County dans le Colorado, il a décidé de pousser le bouchon encore plus loin…

Lors de l’intervention de la police, le preneur d’otage a en effet été blessé par balle. Une arrestation « musclée » qui, selon ses calculs, lui aurait déjà coûté la bagatelle de 160 000 dollars. Comment ? En frais d’hôpital, pardi : eh oui, nous sommes aux Etats-Unis, rep a sa Laurent Wauquiez ! Et c’est, entre autres, le remboursement de ce montant qu’espère reconquérir Jesse. Et pas que : cette plainte fait curieusement suite à une demande réciproque de la part des Rowley qui, le mois dernier, avaient demandé 75 000 dollars au titre du préjudice moral occasionné. 160 + 75 = 235, et même si ces deux chiffres n’ont à l’origine aucun rapport entre eux, pour Jesse le compte y est !

Sauf que ce n’est pas tout : Dimmick a également porté plainte contre la ville de Topeka en septembre 2010 à hauteur de… 75 000 dollars, là-aussi concernant les frais hospitaliers (le jugement devrait être rendu dans cette affaire le 6 décembre prochain). Bref, pas du tout le préjudice moral que LUI aurait subi et non provoqué. Car oui, car je crois ne pas l’avoir encore précisé, les 235 000 dollars concernent les frais hospitaliers ET ce préjudice moral. Il y a comme un manque de logique dans la tête de ce preneur d’otage qui semble avoir inversé à sa sauce le syndrome de Stockholm…

Et ce n’est pas fini. Car pas de contrat qui tienne pour les victimes, qui nient farouchement l’existence d’un tel arrangement. Curieusement, on a pour l’instant du mal à ne pas les croire : « si tu me protèges je te file de la thune, si tu ne me protèges pas je te bute », c’est un deal un peu curieux, en y songeant a posteriori… Les détails de la prise d’otage donnés par le couple sont d’ailleurs assez croustillants (dans la proposition suivante vous comprendrez pourquoi ceci est un jeu de mots) : menacé par un couteau, le couple Rowley aurait réussi à s’attirer la « sympathie » de leur bourreau avec… des Cheetos et des Dr. Pepper. Et ce serait après un bon film avec Robin Williams, « Patch Adams« , que Jesse se serait endormi. A ce moment du paragraphe j’espère que vous avez saisi le jeu de mots. Croustillants. Cheetos. *RIRES ENREGISTRES* (Sinon, les Cheetos c’est ça, au cas où tu n’aurais vraiment pas capté)

Les Rowley ont, sans surprise, demandé le rejet immédiat de la plainte. A noter que, par précaution, l’avocat des Rowley a d’ores et déjà démontré que même s’il y avait eu contrat, celui-ci aurait été… illégal car de toute façon, cacher un fugitif est illégal. Un avocat, parfois, c’est quand même fort utile.


///BREAKING NEWS (17 janvier 2012)\\\

Sans surprise, la plainte de Jesse Dimmick a finalement été classée sans suite le 9 janvier dernier par un juge du comté de Shawnee, dans le Kansas. Encore plus drôle : cette histoire a été honorée par le site Faces Of Lawsuit Abuse, qui recense les plaintes les plus absurdes (et qui, par de là, engorgent les tribunaux sans raison valable). Elle a en effet été nommée comme étant « la plus ridicule » de l’année, écrasant tous ses concurrents avec plus de 54% des votes pour elle seule. Bravo Jesse, tu auras moins gagné quelque chose avec cette épopée dans l’absurde !

PS : Car il n’y a pas que l’absurde dans la vie, il y a aussi les alcooliques. Exemples pris avec cet as du volant qui roule à 204 km/h pour tester son turbo ou encore cet hurluberlu qui se tranche la gorge sur la vitrine où il s’était avachi (l’histoire finit bien hein). Difficile de passer également à côté de ces deux kékés qui se lancent dans une course de Corvettes à un feu rouge et se plantent 150 mètres après grand maximum, de cette femme qui se plaint d’avoir été agressée par son ex-compagnon avec l’aide d’un chat, de ce conducteur trahi par un GPS défaillant et finit par arracher un mur de clôtures ou encore cette étrange lubie de se mettre du ciment dans les joues. Un #IdiotDuJour, parfois, c’est quand même fort utile (pour t’arracher un sourire, au moins).

PS 2 : c’est vrai, j’ai hésité à mettre des Cheetos pour la photo, pourquoi des Cheetos alors que ce n’est qu’un détail de l’histoire (pardon y a un docu sur Le Pen qui passe sur la 3 en ce moment) ? Tout simplement pour voir qui parvient au bout de l’article. Maintenant je peux vous le dire, je vous aime bien.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.