Ces livetweets que Twitter n’a pas (encore) inventés

Que peut-on raconter en 140 caractères ? A en croire Twitter, beaucoup de choses : des émissions télé, des conférences… via un procédé appelé livetweet. Mais il est temps, il est l’heure, il est temps de voir bien plus loin.

Adressons-nous d’abord aux néophytes de ce réseau social qu’est Twitter, avec son langage tellement spécifique qu’il s’apparente parfois à une sémiologie exclusive voire quasi-sectaire. Un tweet, c’est 140 caractères. Pas plus, pas moins. Ce qui fait peu. Et beaucoup à la fois : le réseau est en effet devenu le lieu d’un nouveau genre si ce n’est littéraire, au moins « scriptural » : le livetweet. En somme, avec une succession de tweets, le Twitto raconte une histoire, plus ou moins sérieuse.

Les genres de livetweets les plus communs en France sont de deux types : ceux de conférences/séminaires, comme actuellement celui qui se déroule pour les Assises du Journalisme, et ceux d’émissions télé, où les Twittos qui n’ont pas balancé leur télévision par la fenêtre racontent le déroulement du programme en question avec, autant que faire ce peut, un peu d’humour. Pour réussir à s’y retrouver dans la jungle de ces tweets, on utilise ce qu’on appelle un hashtag de livetweet : sorte de code d’identification, il permet de se référer à lui seul pour suivre facilement l’évènement en question. Ainsi, pour les Assises, le hashtag utilisé est #AssisesJ alors que, par exemple pour le brillantissime « L’Amour est Aveugle » sur TF1, on utilisera #LAEA. On suit toujours ? Parfait.

A côté de ces deux catégories dominantes, d’autres genres de livetweets ont vu le jour : des livetweets littéraires – comme le fait parfois Laure Mézarigue -, des livetweets historiques comme celui sur la Seconde Guerre Mondiale ou, plus incongru, des livetweets de rupture de couple, en atteste cet exemple ressorti aujourd’hui par Andy Boyle. Notons aussi les livetweets futiles et totalement virtuels, comme le récent et hilarant livetweet de l’accouchement de Carla Bruni par Nicolas Delesalle. Mais allons plus loin et imaginons ENSEMBLE plusieurs de ces formats (cinq ici, mais vous pouvez en développer d’autres dans les commentaires, c’est fait pour) qui n’ont pas encore été explorés :

Les livetweets d’hésitations d’achat. Quelle marque de machine à laver privilégier ? Faut-il privilégier le prix ou la puissance ? Dépourvu de moyens de lutter contre un vendeur aux dents qui rayent le parquet, le Twitto trouvera dans l’expression livetweetée de ses doutes la réponse réconfortante qu’il attendait tant : sa communauté saura lui prodiguer de bons conseils et lui fournir les armes nécessaires pour ne pas se faire marcher dessus comme un paillasson cognitif. Et faire le bon choix.

Les livetweets de drague foireuse. Qui privilégier ? Cette brune pulpeuse mais débile ou cette beauté blonde mais un peu coconne ? Avec l’aide des outils photographiques dont Twitter regorge, comme YFrog, Twitpic ou Lockerz, le Twitto pourra partager ses impressions avec sa communauté et pourra même, si les cibles en question sont également membres de la secte twittesque, avoir de plus amples informations à leur sujet sans même avoir à leur parler. Ou alors sa communauté pourra lui rappeler qu’il a des goûts de chiotte.

Les livetweets de meurtre. Que faire face à ce voisin qui joue de la perceuse à trois heures du matin ? Peut-on encore parlementer avec lui ou sommes-nous obligés de le massacrer ? Et avec quel outil ? Dépressif mais déterminé face à cette injustice de l’existence qu’est le voisin casse-couille, le Twitto se passera volontiers de Julien Courbet et ira régler ses problèmes de voisinage en temps réel. Sa communauté saura lui prodiguer les bons conseils pour parlementer avec cette erreur de la nature et pourra suivre à la seconde près, grâce à des outils vidéos comme Twitvid ou Twitcam, si la discussion est possible. Dans le cas inverse, elle saura également délivrer de judicieux conseils sur la meilleure manière d’assassiner ce boulet et sur celle d’éliminer son corps visqueux.

Les livetweets de dénomination. Comment appeler cette progéniture que j’ai mis trois heures à expulser de mon ventre endolori et que j’ai porté neuf mois comme un boulet ultime ? Fatiguée de tant d’efforts mais déterminée à garder le contrôle sur sa sphère privée, la Twitta jadis enceinte saura éviter de donner un prénom pourri à son enfant en demandant au préalable l’avis de sa communauté. Equivalent à l’appel au public chez Jean-Pierre Foucault, le livetweet de dénomination ne se limite toutefois pas à quatre possibilités et offre même la possibilité de débats. Attention à ne pas porter trop d’attention aux Twittos joueurs et taquins comme l’écrivain-de-ces-lignes ou, au hasard, Reda, capables de vous influencer positivement en baptisant votre nouveau-né Judicaël ou K’Maro. (MISE A JOUR : à noter qu’une première tentative a été réalisée par votre serviteur avec le prénom d’un chien en peluche d’un enfant de trois ans et demi. Revivez cette expérience avec #LTDonneUnPrénomAuChien)

Les livetweets de mort instantanée. Est-il possible de se sauver d’une mort certaine car on ne sait pas nager et on est plongé dans la Seine ? Peut-on délivrer ses bronches de ce verre d’eau mal passé ? Désespéré mais ne voulant pas finir solitaire, le Twitto saura dans un dernier instant de lucidité écrire un tweet demandant conseil pour se sortir d’une situation complexe. Bien entendu, sa communauté ne pourra pas lui envoyer une bouée via leurs écrans mais pourra par contre appeler le 18 ou, plus audacieusement, RTL pour que le décès soit également suivi en temps réel à la radio. Ce tableau transmédia sera naturellement complété, trois jours plus tard, par le livetweet de son enterrement avec des commentaires Jean-Claude Narcy-like. Et la boucle sera bouclée…

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.