Sprouter minus

Alors que de nouveaux réseaux sociaux apparaissent sur la toile (Google+ bien sûr, mais aussi IFTTT), d’autres disparaissent subitement, tel le site de questions/réponses pour entrepreneurs Sprouter. Pourquoi cette start-up jusque là considérée comme prometteuse met-elle brutalement fin à ses activités ?

La home de Sprouter était l’une des plus absurdes au monde jusqu’au 2 août dernier. Alors qu’un bandeau jaune annonçait en effet sa fermeture à cette date, le réseau invitait toujours les entrepreneurs en herbe à venir s’inscrire gratuitement sur la plateforme. Cette contradiction symbolise à elle seule le caractère express d’une décision annoncée mardi 26 juillet sur le blog de la start-up. « Nous sommes dévastés de devoir fermer ce service mais malheureusement, pour des raisons financières, nous n’avons simplement plus d’autre choix » explique sa fondatrice Sarah Prevette.

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Cette décision met fin à une courte success story entrepreneuriale, compressée sur seulement deux années dans lesquelles les hauts et les bas se sont enchaînés à une vitesse vertigineuse. La start-up de Toronto, créée en août 2009, s’est spécialisée dans un service de questions/réponses ciblées à destination des entrepreneurs pour les aider à développer leur business, constitué d’un site Internet et une newsletter hebdomadaire (NDLR : à noter justement que malgré la fermeture annoncée du site, l’infolettre ne serait pas (encore) condamnée ; son nouveau volet est en tout cas sorti jeudi 4 août et s’est conclu sur un « Until next week » (A la semaine prochaine) de Sarah Prevette.).

L’histoire de Sprouter commence à germer en 2007 quand Sarah Prevette, entrepreneuse en herbe de seulement 25 ans, lance upinion.com, site sur la culture pop à destination des préados et adolescents. C’est à ce moment précis qu’elle comprend que pour lancer et développer son business, elle se retrouve dépourvue de réponses adaptées à sa situation. Deux ans plus tard elle lance Sprouter où, en lieu et place de réponses génériques à des situations non personnalisées, l’entrepreneur peut poser des questions personnelles et obtenir des réponses adaptées de la part d’experts. En 2010, Sarah Prevette faisait même partie de la short-list du site Inc.com (référence américaine de l’entrepreneuriat) comme l’une des 30 personnes de moins de 30 ans à suivre.

Mais cela n’aura donc pas suffi. Selon Sprouter, ce n’est pas l’idée qui souffre d’un problème : au contraire, « nous avons prouvé qu’il existe une demande significative pour ce type de service » estime Sarah Prevette. Avec un peu plus de 2 000 fans sur Facebook et plus de 9 000 followers sur Twitter, le site s’était constitué une communauté non négligeable. Ce qui a tué Sprouter semble simple : le modèle économique, uniquement basé sur la publicité, n’a pas supporté la crise à rallonge en Amérique du Nord (la publicité est uniquement présente sur la newsletter hebdomadaire « Sprouter Weekly » qui, après la date de fermeture du site, est toujours publiée). Sauf que peu après son lancement, le site s’était trouvé un concurrent de choix en la personne de Quora…

« Quora m’a tuer » ?

Cet autre réseau social (créé par des anciens de Facebook), lui aussi basé sur un système de questions/réponses, diffère de Sprouter par son caractère généraliste, non spécifique à l’entrepreneuriat. Sarah Prevette déclarait d’ailleurs à cette même période que Sprouter avait bâti son système de Q/R « bien avant le lancement de Quora ». Ce dernier, même s’il n’a guère convaincu de notre côté de l’Atlantique (et ce malgré le buzz massif qu’il a connu au début de cette année), poursuit de son côté son petit bonhomme de chemin et se prépare à lancer un système de « crédits » très similaire aux « Facebook Credits ». Le principe : chaque utilisateur bénéficierait d’un pécule de base de 500 crédits et, lorsqu’il pose une question, pourrait donner des crédits à des experts susceptibles d’y répondre – le montant de la transaction évoluant en fonction de l’expertise véritable du requêté et de sa capacité à répondre efficacement et rapidement.

Ce succès grandissant avait constitué un premier signal d’alerte pour Sprouter, qui a opéré une légère redirection éditoriale en mars dernier. Le site s’était alors recentré sur l’aspect curatif de son système de questions/réponses, pour bien se distinguer du modèle ouvert de Quora – où toute personne inscrite (sur invitation) peut répondre à n’importe quelle question. Mais malgré l’essor continu de la curation, ce repositionnement n’aura pas suffi à faire face au « bulldozer » Quora (plus de 17 000 followers alors que cette start-up a été créée après Sprouter, plus de 8 000 fans sur Facebook et 100 000 utilisateurs de l’application dédiée sur Facebook)…

Ces services de questions/réponses pour les entrepreneurs existent déjà en France, comme Plaza42 ou le récent startupers.fr. Reste à savoir si la fin brutale de Sprouter peut se reproduire pour ces autres start-up (et celles qui vont continuer à investir ce créneau)… ou s’il constitue au contraire le signal nécessaire pour faire passer ce secteur d’activité au stade adulte. Pendant ce temps, et alors que le 2 août est passé, le site de Sprouter est toujours en vie… avec un futur repreneur ?

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.