10 rituels du matin pour être un bon(-à-rien) entrepreneur

Il existe quelques techniques très simples pour écrire des articles consensuels et populaires, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, où tous les commentaires seront « Wah ce papier est trop bien merci pour tes conseils« . En voilà une application édifiante.

« Pour t’hydrater, bois de l’eau. »

« Pour être dynamique, ouvre tes yeux et marche. »

« Fumer n’est pas bon pour ton travail (mais pour ta santé on s’en fout). »

Combien de milliers de fois as-tu entendu ces remarques creuses qu’Emile Coué n’aurait pas reniées ? Ces évidences ont pourtant, semble-t-il, besoin d’être répétées par d’assourdissantes vagues de conseils vides et définitifs qui emplissent, au moins par containers, les émissions de coaching sur lesquelles tu te gausses affalé(e) devant M6. Ne vous inquiétez pas habitant(e)s de l’Internet mondial, cette tendance est en fait TOUT, sauf propre à l’univers télévisuel.

A l’origine de ce billet précis, un tweet aperçu à la bourre pointant sur CE BILLET. Je suis étonné qu’il ait été laissé en accès libre, alors même que ces préceptes aussi révolutionnaires qu’une bouteille de Butagaz vide pourraient aisément être monétisés en tant que « prestations de consulting communicationnel« , ou autre terme abscons du genre. Lecteurs lectrices (youhou, où êtes-vous ?), je suppute que vous commencez à sentir que ce genre de choses m’exaspère un chouia. Et je vais vous le prouver, en dix points comme dans LE BILLET (si tu ne le lis pas avant tu comprendras moins, attention c’est de l’anglais, je présuppose que tu es bilingue et donc je ne te prends pas pour un idiot congénital à qui balancer ce genre de réquisitoire d’évidences).

1. Prends tout ton temps pour te réveiller. Sortir brutalement du lit peut t’amener à te casser la figure sur la chaussette que tu as laissé traîner par terre hier soir, ou que ta femme n’a même pas daigné enlever du sol, vilaine ! Au cas où, pour émerger à 6 heures, mets le réveil à 5 heures et laisse traîner la radio ou la musique, tu découvriras de nouvelles informations, de nouvelles sonorités, c’est toujours bon à prendre en ces temps d’incurie intellectuelle.

2. Bois un verre de rosé doit être ton premier réflexe une fois (à peu près) sorti du lit. D’une, cela te rappellera qu’il ne faudra absolument pas oublier de te brosser les dents avant de partir au travail. Le rosé est bon pour toi, bon pour la digestion, et puis le rose c’est joli, et puis l’alcool te rendra un peu plus cool – excellent moyen d’éviter les matins « en mode tueur » où la première personne que tu croiseras se prendra un bol de céréales à la figure.

3. Prépare-toi un plateau de bonbons à grignoter pendant le petit-déjeuner. Les plus acidulés seront les meilleurs, vivifiants et nécessitant une importante activité dentaire – ce qui constituera un second rappel pour te brosser les dents avant de partir au travail. J’ai une attirance pour les Tagada Pink qui te déchirent presque autant la langue que trois Fisherman’s Friend pris simultanément. Attends encore une heure avant de te faire le reste du petit-déjeuner, tu auras le temps de lire ton journal prayfayray avant (c’est saoulant hein ces é remplacay par des ay, hein ? Bienvenue dans l’Internet francisay) et tu n’auras pas à le lire dans de mauvaises conditions dans le métro. Et donc tu seras moins con (ET C’EST IMPORTANT) (sauf si tu lis France Soir).

4. Morfonds-toi devant la télé (en plus de la radio/musique) histoire d’avoir de la lumière supplémentaire pour te réveiller. Cette dose d’artifice prolongera ta protection contre le monde réel et ses gens pas gentils et ses contrôleurs de la RATP bouuuh méchants et tout et tout (coucou Caliméro).

5. Fous le bazar chez toi (au cas où les quatre conseils précédents n’auraient pas fait effet pour te sortir de ta léthargie). Le volume de ta télé/radio/musique doit être suffisamment fort pour que tes oreilles en aient assez au bout de dix minutes maximum. Au cas où, ce sont tes voisins qui te rappelleront que tu es un BOULET, comme STEEVY BOULAY. Ne planifie pas trop ta journée, de toute façon rien ne se passera comme prévu, et si tout l’avenir pouvait être dessiné et prévu dans un business plan tu pleurerais quand tu découvriras que l’Elisabeth Teissier de la vie te mariera avec un thon fini et que vous emménagerez dans un trois-pièces mal placé à Bry-sur-Marne.

6. N’aie pas d’enfants. C’est une perte de temps, pour vous, votre léthargie du matin et votre capital santé de votre journée. Et puis si tu es homosexuel(le) tu ne peux de toute façon pas en avoir de manière officielle. C’était le moment militant de cette tribune, MERSEA.

7. Lave tes dents et ta langue. Je sais, c’est le même conseil qui est donné dans l’article incriminé mais au vu de mes précédents rappels, il aurait été incohérent d’aller à son encontre. D’ailleurs, avez-vous noté que malgré cette unanimité de façade c’est finalement le point qui est le plus souvent oublié (surtout quand on est à la bourre) ?

8. Évite autant que faire ce peut la marche au pied, c’est extrêmement malsain pour la santé. Pollution, énervement, déjections canines, vols à la sauvette, même si le RER A pue un peu du bec (en plus de la pollution, de l’énervement et des vols à la sauvette), le risque de déjections canines est réduit et le temps de transport est plus court. Enfin, peut-être pas avec le RER A…

9. Bois des tonnes de café. Si c’est trop fort, dilue avec de la chantilly, du lait, tu rajoutes un peu de cannelle et du chocolat, c’est trop bon et ça t’économisera un mug Starbucks. Le thé vert est tellement relaxant qu’il te donnera envie de te remettre dans ton lit, ruinant tous les efforts jusque là entrepris.

10. Tiens un journal. Mais pas pour organiser ta journée, je viens de te signaler à quel point cela ne sert à rien. Sers-toi-en comme d’un carnet de notes, de réflexions, de divagations, de pensées qu’il ne faut pas laisser s’échapper dans l’air, sous peine qu’elles disparaissent à tout jamais, ces volutes d’évasion, de temps pour soi (voire pour les autres), d’observation du monde dans lequel tu vis, là, chancelant, luttant, libre de suivre des règles ou de ne pas les suivre, libre de désobéir quand cela l’exige ou le nécessite, libre d’être toi-même.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.