1 + 1 = 1, ou la magie du mashup

Tu prends une chanson, tu en prends une autre, ou une infinité d’autres, tu te sers de la musique comme un milk-shake, tu mélanges tes ingrédients et tu obtiens une autre chanson. Un mashup.

Mashup ou bootleg ? Les deux termes circulent pour ce qui parait au premier abord être la même chose, c’est-à-dire le mélange de plusieurs créations musicales originales pour donner un nouveau résultat, hybride, rénovateur quand réussi. Ce n’est d’ailleurs pas l’introduction de la page Wikipedia de [wikipop language= »fr »]mashup[/wikipop] qui va nous aider à saisir l’éventuelle différence entre ces deux dénominations. Un petit tour vers celle du [wikipop language= »fr »]bootleg[/wikipop] nous aide à y voir un peu plus clair : il est considéré comme une copie illégale, donc piratée, donc possiblement expulsable de l’Internet mondial qui malgré tout N’OUBLIE JAMAIS. Un découpage sémantique confirmé par DJ Zebra, célèbre bootlegger qui précise qu’un bootleg « peut être n’importe quelle forme de remix (mashup ou autre) qui utilise une ou plusieurs sources non déclarées, et qui circule sans autorisations des ayant-droits« . En théorie des ensembles, on dira que bootleg « inclut » mashup.

C'était l'instant "Théorie des ensembles" du jour.

C’est ainsi que le bootleg a une existence plus ancienne que celle du mashup : le simple fait d’enregistrer une copie de concert et de la distribuer illégalement, même bien avant le peer-2-peer, rentre dans cette définition. L’histoire de l’américain Mike Millard est en ce sens hilarante : dans les années 70, il cachait son matériel d’enregistrement dans la chaise roulante qu’il traînait avec lui… alors qu’il n’était nullement paraplégique ! Cela tient aussi à la traduction même du terme : un bootlegger était à l’origine un Américain qui, au temps de la Prohibition (années 1920), cachait de l’alcool dans sa « bootleg » ou « jambe de botte », la partie montante de sa botte. Cet article musical va, grâce à cette précision, être ornementé d’une photo de botte. Attention les yeux !

Attention, il y a de l'alcool dans cette chaussure.

Dans le vocabulaire des DJ, la confusion entre les deux termes est plus couramment entretenue pour la simple et bonne raison que la plupart de ces créations circulent sur le méchant Internet de manière tout à fait illégale, sans l’accord des ayant-droits. Par exemple, en dessous, c’est un bootleg. Mais aussi un mashup. Et c’est bibi. Ceci étant.

Les mashups/bootlegs ont en fait déboulé en France bien avant que le nom de DJ Zebra titille quelques oreilles bien aiguillées. On considère généralement que le premier mashup de l’histoire date de 1982 avec l’éphémère groupe italien Pink Project qui, comme son nom l’indique, est la contraction de Pink Floyd et de The Alan Parsons Project. Leur principal fait d’arme, « Disco Project« , explose à une période charnière où le disco paraît mourant, la new wave s’étale, le rock tente de renaître et l’italo-disco pète le feu (en témoigne aussi le sublime « Fotonovela » d’Ivan, chanteur tout ce qu’il y a de plus… espagnol). On peut regretter le caractère éphémère de ce collectif qui avait tout de même réussi à pondre une réinterprétation du pourtant déjà très néo-disco « Magic Flight«  des Français de Space.

Mais si les bootlegs n’ont, par définition, guère de chance de trôner en haut des charts, certains mashups y sont parvenus. S’il avait continué sa carrière, il y a fort à parier que l’industrie mainstream aurait fini par découvrir le belge Ben Double M. La seule exception à cette maxime est en fait qu’un bootleg, à force d’avoir acquis en popularité, « devienne » un mashup plus « légal »… « The Lady Boy Is Mine » des tout aussi éphémères Stuntmasterz nous rappelle ainsi, dix ans après sa sortie, à la fois que Brandy et Monica ont un temps été ensemble, et que Modjo était un groupe dont le premier clip consistait à voir deux mecs et une fille dans une voiture pourave partir humer l’herbe sèche à Perpète-les-Oies.

Il y a aussi eu l’amusant « Horny As A Dandy » de Mousse T vs The Dandy Warhols, l’un des rares mashups à être sorti sur un label officiel, chez Peppermint Jam.

Mélanger deux titres pour en former un « troisième » est une affaire déjà assez complexe, mais certains DJs s’amusent désormais à en mixer trois, quatre, trente-neuf ensemble. Premier essai hallucinant avec des coutumiers du genre (mais aussi remixeurs réguliers), les DJ’s From Mars, qui ont revisité à leur sauce les must listen to de la musique électronique des quinze dernières années en le mixant avec le must listen to de 2010, l’inénarrable « Alors On Danse » de Stromae. Sauras-tu reconnaître (sans tricher) toutes les musiques de cet « hyper-bootleg » ?

Que dire du véritable point de départ de cet article-coup de coeur qu’est le gros délire jouissif du jeune DJ nantais Madeon (il a dix-sept ce « gamin », je le kiffe, j’avais déjà adoré son remix de « Que Veux-Tu » de Yelle) qui a mélangé trente-neuf chansons de manière cohérente en un peu plus de trois minutes ? Pas de jeu avec le tracklisting, il est écrit en description de la vidéo.

Mon Top 5 personnel à moi-même de ma conception

Pour ce top qui ne sera malheureusement pas repris par Topito, j’ai volontairement choisi de privilégier des créations « club », plus ou moins connues, juste parce que j’en ai envie, et parce que c’est la fin de la semaine.

5. Madonna vs Lady GaGa – « Holijandro » (Barry Harris Mashup)

Recette : Mélanger deux « icônes gay » (quelle expression ignomineuse !) avec un DJ dont la progressive house a plus de chances de marcher au « Queen » qu’au « Macumba » de Tritouille-sur-Gazouge. En ressortir un produit de plus de douze minutes qui a affolé la « planète gay » (bah !) new-yorkaise l’année dernière. Se laisser bercer, déguster très chaud.

4. Harvey Milk – « Hollywood Express »

Derrière ce pseudonyme en forme d’hommage se cache en fait le duo de DJs français Alberkam, coutumier du fait. Leur « Hollywood Express » (« Hollywood » de Madonna + « Orient-Express » de Giorgio Moroder) a eu le droit à un beau succès d’estime, une belle carrière dans les clubs et un beau clip vidéo, chose assez rare pour être signalée.

3. Felix vs Diana Ross – « Don’t You Want Me Coming Out » (Ben Liebrand Mashup)

C’est POURTANT de manière involontaire que j’enchaîne avec un troisième mashup qui sent bon l’arc-en-ciel. Cette petite tuerie de Ben Liebrand est, POURTANT, passée quasiment inaperçue. POURTANT, le DJ néerlandais est TOUT sauf un amateur (c’est lui qui a lancé la carrière du DJ néerlandais Armin Van Buuren, considéré depuis 2007 comme le « meilleur » DJ au monde), est une référence dans son pays d’origine, il y a le cultissime « Don’t You Want Me » de Felix en baseline musicale, un saupoudrage judicieux de Diana Ross, et POURTANT…

2. Da Hool vs Madonna – « Music Parade » (Alberkam Mashup)

Revoilà nos amis d’Alberkam, disparus de la circulation depuis plusieurs années, avec (encore !) du Madonna mixé à toutes les sauces. A noter, et c’est finalement assez logique, que les « grandes icônes pop » sont la cible privilégiée des clubbers-bootleggers, Lady GaGa et Madonna en tête. Et même //////// (attends la première place pour savoir de qui je parle). Ce mashup avec l’hymne intemporel de la « Love Parade » 1997 by Frank Tomiczek alias Da Hool est d’une fluidité étonnante.

Enfin, il est fluide quand tu sais t’y prendre, ce qui n’est pas le cas de tout le monde…

01 Music At The Love Parade (Madonna VS Da Hool By Planete Madonna) by PLANETE MADONNA

1. Dannii Minogue vs Dead or Alive – « I Begin To Spin Me Round » (7Up Mashup)

///////// est donc égal à Dannii Minogue, la « petite soeur de » qui a failli dépasser son aînée en termes d’iconitude – et ce n’est pas Terminalose qui me contredira. Son époque combo « Who Do You Love Now » avec le duo néerlandais Riva, puis l’album « Neon Nights » en a fait la grande demoiselle des clubs pendant des années, enfin, avant qu’elle aille pécho Jacques Villeneuve et qu’elle finisse par se reconvertir dans la télévision australienne, HUHU. (NDLR : je rappelle qu’elle a 40 ans cette année, j’avais envie de vous le dire, juste comme ça)

PS : t’en veux ENCORE PLUS ? Il y a alors l’encyclopédie française du bootleg (ICI) et la mondiale du mashup (LA) pour te contenter (ou te donner de nouvelles idées…)

PS 2 : sinon tu peux aussi te rattraper avec ce « Top 100 des meilleurs mashups de l’histoire de la musique », avec du (effectivement) très bon mais aussi du très raté. Enfin, c’est à vous de voir…

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.