[ALBUM] System 7 – « Up »

Onzième album de ce couple de vieux routiers de la musique électronique qu’est System 7 avec « Up », nouvelle preuve qu’on peut (parfois) mélanger de manière réussie guitares électroniques et techno-trance éclectique.

Ils s’appellent Steve Hillage et Miquette Giraudy (disclaimer : NE PAS rire sur le nom). Derrière ces deux identités se cache l’un des plus grands mystères de l’histoire de la musique : comment ces deux personnes ont-elles pu conceptualiser ce genre si « particulier » qu’est la trance à guitares ? Pour rappel, la trance music est (dans les grandes lignes) cette dérivation de la techno où beats et mélodie se mélangent (plus ou moins) harmonieusement dans un délice musical qu’on espère extatique. Donc (disclaimer) NON ce n’est pas qu’une sale musique de drogués qu’on écoute dans les raves avec des punks-à-chien, merci d’éliminer toute trace de caricature de vos conceptions. Ce (très bref) rappel étant conclu, il est temps de s’intéresser à ce couple in real life qui traîne ses guêtres dans le monde de la musique depuis plus de quarante années désormais.

Déviations. L’histoire de ce groupe, c’est d’abord l’histoire d’Hillage. Au début des années 70, il fait partie du groupe de rock psychédélique Gong. Il produit ensuite des albums de Simple Minds ou Rachid Taha. Cette information devrait suffire à démontrer l’éclectisme du monsieur pour celles et ceux qui en doutaient. Sa femme rejoint son bateau au début des années 90, et les deux amoureux créent alors la structure System 7.

Plus qu’un groupe à part entière, ce nom recèle en effet un nombre tellement faramineux de collaborations qu’il ne peut être considéré comme une entité fixe. Après Laurent Garnier, Derrick May ou encore Carl Craig (entre autres), c’est au tour d’une autre légende de la techno britannique, j’ai nommé A Guy Called Gerald, de s’immiscer dans deux des neuf nouvelles créations de cet album.

A des années-lumière des obligations des dancefloors, la trance à guitares d’ « Up » semble de prime abord plus constante que dans certaines des dernières productions de System 7, où elle était parfois amenée à côtoyer certains vestiges des pires heures de la musique électronique. Nous sommes ici heureusement amenés à en déguster le meilleur côté avec des rythmiques nineties, désuètes et donc excellentes, reconfigurées à la sauce du jour. Loin de se laisser dépasser par l’avalanche de beats pouêt-pouêt auxquels nous ont habitués les Guetta, Benassi et autres Laidback, la musique de System 7 ressemble beaucoup plus à Laurent Garnier (dans sa période « Wake Up »/« Crispy Bacon ») ou aux visionnaires productions d’Art Of Trance qu’à un maxi anonyme de Roman Flügel ou une horreur surproduite des Black Eyed Peas.

Autoroute. L’introduction « Positive Noise », saupoudrée de la touche d’A Guy Called Gerald, pose le couvert d’emblée : une techno aux forts reflets trance, jamais en-deçà des 130 bpm, progressive et hypnotique. « Berimbau » est une invitation à l’exotisme avec un groove  ravageur pour les postérieurs, tandis que « The Mind Boggles » prend son temps pour capturer son auditeur dans un flow infini de pulsations psychédéliques. Le remix du « Dolphin Smack » du vénérable Josh Wink calme (à peine) l’atmosphère en se bornant à 128 bpm, mais sans pour autant perdre en intensité. La friandise finale, l’étrange « Plasmatic Park », ressuscite les guitares électriques dès l’ouverture du morceau (qu’on avait presque oubliées tellement elles se fondent naturellement dans le style de System 7) et mélange audacieusement des sonorités vaguement modernes et ce fameux rythme binaire que le temps et les dancefloors ont voulu sacrifier.

On espèrera, dans un sursaut de lucidité, que les organisateurs de la prochaine Techno Parade (en septembre à Paris) s’achèteront des oreilles et préfèreront nommer System 7 comme parrains plutôt que Bob Sinclar. Car il y a techno. Et techno.

Pour les amateurs de ce délice à mille encablures des caricatures (cf. épisode des punks-à-chiens), System 7 sera au programme ce 9 juillet du festival de trance Hadra, à Lans en Vercors, auquel l’écrivain-de-ces-lignes est triste de ne pouvoir se rendre. L’album « Up » est de son côté disponible depuis le 30 mai dernier chez A-Wave. 17/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.