Ils ne tweetent pas, ils ne causent pas… mais qu’est-ce qu’on parle d’eux !

Il parait que Twitter France est infesté de journalistes, ce qui n’est pas tout à fait faux. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils savent tous s’en servir. Et au premier rang des mauvais Twittos, les plus connus sur l’espace public squattent presque tous les rangs. Petit coup de gueule en mode schizophrène…

Coucou ! Je suis célèbre et j’ai envie que tu parles de moi. Tout le temps. Partout. Dans « Closer », dans les émissions people de M6, dans les matinales de NRJ. J’ai envie d’être l’information que je suis censé relayer dans mon métier. Je suis journaliste (ou apparenté) et naturellement, comme c’est ze plaïce too bi comme dirait notre nouveau modèle Nikos Aliagas, je me suis inscrit sur Twitter pour prolonger ma verve.

Sauf qu’il y a un petit problème. Je ne sais absolument pas me servir de ce truc. Y a des trucs-avec-des-dièses, ça me rappelle les cours de solfège à Henri IV durant mes jeunes années. J’ai demandé conseil à un ami politique, mais il m’a raconté qu’il n’y pigeait pas grand-chose de plus que moi. De même pour toute la classe politique d’ailleurs, à en juger un billet plein de méchanceté et de chiffres non vérifiés relevé par mon pote. On parle de timeline, aussi. Je vois que des gens me suivent, ça doit être l’équivalent du Like sur Facebook, continuez de m’aimer, j’aime ça ! Par contre, je ne vous aime pas, donc je ne vous suis pas. C’est moi qui vous intéresse, pas vous qui m’intéressez. Résultat, j’ai une timeline (prononcez thimeline, comme Micheline) presque vide. Ça me rassure, les choses vont à mon rythme. Pas très vite.

Mais attention, ne faisons pas les choses à moitié. Ce n’est pas parce que je ne sais pas me servir de Twitter que je n’ai pas le droit d’en parler. Au contraire ! Faisons-nous passer pour des spécialistes de l’outil auprès de Martine, 54 ans, femme au foyer à Vaison-la-Romaine, le bouton de la télécommande bloqué sur 1, l’ordinateur sous Windows Vista et le Web véhiculé par Internet Explorer. De toute façon, Martine en sait encore moins que moi sur le sujet. Elle n’y verra que du feu.

A ce propos, je me dois de féliciter ma consœur Elisabeth Tchoungui, audacieuse demoiselle qui aura le bon goût d’avoir son émission sur France 2 très prochainement et qui, dans une tribune issue du plus profond de son cœur de journaliste d’investigation désabusée, a rétabli la vérité sur ce réseau. J’y ai notamment appris que des singes parlent à des yeux avec un slip dans la pupille, qu’on y raconte de méchantes choses sur Nicolas Sarkozy à coups de trucs-avec-des-dièses type #plancom et qu’il constitue un repaire d’insomniaques névrosés qui font la parlote à trois heures du matin. Méchant, le Twitter, méchant !

Et méchants les Twittos, puisque tel est le nom des habitants de cette étrange peuplade : seulement quelques heures après le magnifique billet d’Elisabeth, que j’inviterai très prochainement dans mon émission pour parler du sujet, voilà que trois impétueux garnements du nom de Minorite_ (quel nom ridicule !), egaucher (il ne pouvait pas mettre son prénom en entier ? Il n’assume pas d’être breton ?) et FlorencePorcel (et l’espace bordel) se sont amusés à parodier cette œuvre. Ici, qu’ils ont dit des bêtises, et là encore, et puis là aussi ! Coucou les nolife, vous n’avez vraiment rien d’autre à faire ? Au lieu de perdre mon temps à écrire de telles inepties, je préfère boire des cocktails dans un bar hype shooté par un obscur magazine people. Je ne sais pas si je raconte moins de bêtises, mais au moins mon gosier est bien entretenu. Et ça fait beaucoup de mots en italique, car je parle un nanglish impeccable.

Pensez ce que vous voulez, mais j’ai personnellement suivi les révolutions arabes sur TF1 et je ne m’en suis pas plus mal porté. On m’a envoyé un mail avec un truc-avec-un-dièse #botzaris36 écrit dedans, désolé les gars mais j’ai autre chose à faire qu’à jouer à Pyramide avec vos dièses. Twitter, à toute heure, je n’y comprends strictement rien. Je ne comprends d’ailleurs même pas comment j’ai pu perdre mes identifiants de connexion, résultat j’ai un compte tout vide que je ne peux même pas désactiver. Le plus drôle, dans l’affaire, est que des centaines de personnes me suivent quand même ! Voilà mon ego rasséréné. Mais désolé les Twittos, je n’ai pas envie de vous parler. Je vous embrasse pas, j’ai oublié mes lingettes.

PS : Sinon, et c’est bien le but de ce papelard digital, tous mes confrères et consœurs qui pigent que dalle au truc au hibou sont réunis dans cette ignominieuse liste Twitter > ICI. Le créateur de cette dernière attendrait sa sentence devant un café au lait trop sucré.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.