Quand les panneaux solaires s’invitent chez les cow-boys

Pendleton, cité de 16 500 âmes située à 320 kilomètres à l’est de Portland (Oregon). Jusqu’alors, son principal fait d’armes était d’avoir su conserver son « identité cow-boy ». Sa réputation pourrait toutefois changer.

La ville de Pendleton a pour emblème le mouton, envoyé en troupeaux en transhumance dans les Rocheuses qui la surplombent et surveillé par des cow-boys tout ce qu’il y a de plus typique. Difficile d’imaginer que ce bastion presque intact du Far West est aussi l’une des places fortes du développement de l’énergie solaire aux Etats-Unis. La municipalité a en effet créé l’année dernière le programme « Solarize Pendleton », qui entre à présent dans sa deuxième phase – 56 foyers se sont équipés durant la première.

Son principe : fournir des prêts sans intérêt aux particuliers et aux entreprises pour favoriser l’installation de panneaux solaires qui ne pourraient être financés sans cette aide. Cette offre inédite en son genre a nécessité l’apport d’un million de dollars (environ 692 000 euros) de la part de la ville. Un montant qui se divise entre prêts pour les entreprises, lesquelles peuvent emprunter jusqu’à 125 000 dollars (86 300 euros), et 75 prêts sans intérêt pour les habitants d’une valeur unitaire de 9 000 dollars (6 200 euros).

« Nous sommes une communauté du Grand Ouest et nous en sommes fiers, mais nous sommes aussi dans le 21ème siècle », commente le maire de Pendleton Larry Lehman. Et d’ajouter : « il y a ici des personnes qui sont intéressées par les énergies renouvelables, et nous voulions leur en faciliter l’acquisition ».

Une idée reproductible ?

Amy Ford fait partie de ces « pionnières de l’Ouest », contractant l’an passé un prêt pour financer l’achat de panneaux photovoltaïques pour sa demeure centenaire. Ken Abbott, un postier retraité, a quant à lui préféré profiter de la baisse des coûts d’installation  pour financer sa propre structure plutôt que demander un prêt. Les conséquences de cette mesure ont été immédiates : sa facture d’électricité pour l’année dernière s’élevait au total à… 28,20 dollars (19,50 euros) ! D’un coût total initial de 14 500 dollars (10 000 euros), son installation devrait finalement lui revenir aux alentours de 3 000 dollars (2 070 euros), déduction faite des économies sur la facture et des crédits d’impôt.

Cette initiative est d’autant plus salutaire qu’elle a lieu dans une région jusque là peu réceptive aux problématiques environnementales. Si l’Oregon s’est forgé la réputation d’un Etat écolo en encourageant le recyclage dès le début des années 1970, ces mesures concernaient surtout la côte pacifique de l’Etat et la région de Portland, non son versant montagnard.

Même si le locataire de la Maison Blanche n’a pas tiré un trait sur le développement des énergies propres malgré l’acharnement conservateur des Républicains, les Etats-Unis ne se placent qu’en cinquième position mondiale en matière de production d’énergie solaire, très loin derrière l’Allemagne, la Chine et l’Espagne.

L’initiative de Pendleton peut-elle constituer un modèle reproductible pour d’autres collectivités locales américaines ? Le développement des énergies propres n’est en tout cas pas exclusivement l’affaire de Washington. Les cow-boys viennent de le prouver.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.