Twitpic et colegram.

Un court instant – lourde actualité oblige – Twitpic est devenu un outil informatif sérieux, base de témoignages visuels sur la situation catastrophique au Japon ou les révolutions arabes. Un (très) court instant auquel a mis fin une certaine Mariah Carey…

Produire de grands effets avec peu de moyens. Le service de partage d’images [wikipop]Twitpic[/wikipop], rattaché à Twitter (mais indépendant de ce dernier cependant, et d’ailleurs rattachable aussi à d’autres réseaux sociaux comme Flickr), doit son succès croissant à son effarante simplicité. A l’instar de son « grand frère« , poster une photo ou un message de 140 caractères est désarmant de facilité, de rapidité, d’interactivité. Certains Twittos avertis me signaleront que l’utilisation de moteurs comme Tweetdeck ou Hootsuite permet de contourner cette application, avec un outil d’intégration d’images directement rattaché type Ow.ly ou Yfrog, mais pour le seul espace de cet article considérez juste que là n’est pas le débat.

Twitpic est donc un outil de partage de photos, notamment par les « citizen journalists » – et c’est [wikipop search= »Twitpic »]Wikipedia[/wikipop] qui le dit -, mais également de recherche. Ce service utilise le système de #hashtag que connaissent les habitués du hibou, ce qui permet de trouver des ensembles de clichés rattachés à un évènement particulier. Dans le cas du séisme au Japon, la série de hashtags spécifiques à la catastrophe comme #japan, #JPQuake ou encore #PrayForJapan a permis de partager à une vitesse impressionnante les images de l’évènement, bien avant que les média traditionnels – essentiellement télévisuels pour le coup – ne puissent monter leurs reportages photo/vidéo. Une fois de plus, Twitter via Twitpic a montré sa propension à avoir un temps d’avance sur la structure traditionnelle du temps et de l’espace de l’information. OWNI a consacré un très intéressant papier à ce phénomène, si développer ce sujet vous tient à coeur.

Mais le Web, c’est aussi le LOL, Europe 1, c’est aussi Internet, cet égarement n’était pas sponsorisé, et le sérieux a rapidement dû faire place nette. Un exemple parmi des milliers d’autres nous a par exemple été offert avec cette galerie pleine à ras bord de moues boudeuses de Kelly Osbourne, qui visiblement s’était ratée dans son brushing.

Quand une Twitpic stupide est ainsi déposée par une personne qui compte pas moins de quatre millions de personnes, son impact est autrement plus massif que par un anonyme nippon, aussi retweeté soit-il. Finis les Slim Amamou et ses minables 20 000 followers, @Ghonim qui se traine avec 130 000 fidèles ou encore Mohammed El Baradei qui se lamente avec 131 000 suiveurs. Mariah Carey est un média autrement plus puissant qu’un quelconque révolutionnaire avec ses (je n’arrive toujours pas à comprendre) QUATRE MILLIONS d’abonnés pour découvrir sur le compte du double-paquet-de-silicone le plus célèbre de l’univers après le décès de Lolo Ferrari des choses véritablement incroyables. Comme cette photo particulièrement intéressante que ses fans ont évidemment bombardé sur 95% des timelines mondiales :

Bon. Quitte à établir une stratégie de mimétisme sur les « stars » histoire d’améliorer son « personal branding« , autant y donner un peu de sa personne. L’auteur-de-ces-lignes, oui, S’ENGAGE et vous propose en exclusivité mondiale une photo particulièrement érotisante de…

… oui, de ses chaussettes Tom & Jerry. Notez la similitude dans l’importance accordée au graphisme du cliché, les formes aussi affirmées du côté du papillon intestinal que de la souris pédestre.

Notez également que cette dernière phrase ne veut strictement rien dire, et pourtant vous l’avez (plus ou moins) comprise malgré tout. Les mots s’utilisent de la même manière que les images : un travail de longue haleine sur une phrase, un cliché, une véritable réflexion sur un article de fond, parfois une torture intellectuelle et artistique, peut TOUJOURS être réduit à néant par une phrase incohérence et très vite écrite, une photo pourrie et floue ou par une brève du Nouvel Obs avec le terme « Sarkozy » dans le titre rédigée en onze minutes montre en main.

Ce n’est plus de la modestie dont les écrivains, photographes, photojournalistes, journalistes, artistes peuvent (et doivent) se vanter : c’est plutôt d’une résistance permanente à la dépression devant cette victoire sans cesse renouvelée, à peine brouillée par quelques révolutions arabes, de la superficialité sur le perfectionnisme, de la rapidité sur le temps long, du personal branling sur le personal branding.

Vous aviez d’abord cru à un LOL-article de fond ? Vous avez eu le droit à un pas-LOL-article de forme. Fin de l’arnaque.

PS : #astuce de nouvelle Twitpic débile à succès : qu’Emilie Dutriaux alias @EmilieDu59153 poste une photo de sa chambre entièrement consacrée à M. Pokora et que cette dernière soit autant retweetée que sa litanie de supplications que l’ex-membre des [wikipop language= »fr »]Linkup[/wikipop] livienne à son anniversaire. OUAIS GROS T’AS COMMENCE LA-DEDANS, NE L’OUBLIE PAS. #SiToiAussi tu veux dégotter une idée de reportage à succès alors que tu travailles dans le Nord de la France, invite-toi ici le 4 avril : Mme Flandrin Emilie, 19 avenue de calais app 27, Résidence les Cols Verts, 59153 Grand Fort Philippe. Je précise que cette localisation est évidemment de notoriété parfaitement publique, il y a une mère de famille qui risque d’avoir une surprise dans quelques jours

PS 2 : vous avez compris qu’en voyant Matt Pokora, Karine Ferri et Nikos Aliagas dans les Twittos français les plus influents et le contenu de l’article que vous venez de lire, je suis singulièrement sceptique sur la notion de « Twittos influent » pour parler d’un quelconque journaliste

PS 3 : histoire de ne pas contredire la conclusion de mon papier je passerai sous silence le faible nombre de minutes passées à écrire cet article de qualité inférieure. Ouais bon, il est à trois chiffres

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.