Je ne t’aime pas, moi non plus

Europe Ecologie-Les Verts tenait jeudi soir son meeting d’entre-deux-tours des cantonales à l’Espace Vie Etudiante (EVE) de Saint-Martin-d’Hères. L’occasion pour Cécile Duflot et Augustin Legrand, spécialement venus de Paris pour l’évènement, de goûter aux joies de la « saine » opposition entre socialistes et écologistes locaux…

Si la politique française était à l’image de l’Isère, la « gauche plurielle » n’aurait jamais existé. La semaine d’entre-deux-tours des cantonales a effectivement été l’occasion pour les socialistes et les écologistes de s’écharper sur tous les fronts. Retour sur une guerre en quatre temps.

Round 1 dimanche soir : André Vallini, tout juste réélu dans son canton de Tullins, propose d’éviter les trois affrontements PS-EELV du second tour en demandant aux candidats arrivés seconds de laisser le champ libre au premier. Soit, un statu quo généralisé avec le maintien de l’écologiste Olivier Bertrand à Grenoble 1 et celui du PS à Grenoble 3 et à Saint-Egrève. « Rassemblement de la gauche » immédiatement refusé par les Verts, considérant qu’« il n’y a pas de risque à droite ».

Round 2 mardi : Jérôme Safar, adjoint socialiste au maire de Grenoble, ajoute son grain de sel en apprenant la prochaine visite de Cécile Duflot. Il est ravi de cette venue : « N’a-t-elle pas autre chose à faire que de venir en Isère, un département qui restera de toute façon à gauche ? ».

Round 3 jeudi soir : 19h30, la réunion débute avec une demi-heure de retard. Les amateurs de joutes verbales n’auront toutefois pas été déçus du déplacement : « le projet socialiste, c’est un peu le disque rayé » lance Hakim Sabri, candidat EELV à Grenoble 3. « C’est le truc qui date d’après-guerre, et qui correspondait bien aux Trente Glorieuses ». Le « désistement républicain » d’André Vallini passe lui aussi très mal : Mathilde Dubesset, candidate EELV à Saint-Egrève et historienne de son état, goûte très moyennement le concept. Un seul candidat au second tour ? «C’est pas le désistement républicain, c’est la candidature officielle du Second Empire ! ».

Les deux invités parisiens, Augustin Legrand et Cécile Duflot, ne sont pas en reste. Le conseiller régional EELV d’Ile-de-France, apparu médiatiquement grâce aux « Enfants de Don Quichotte », insiste auprès des militants sur la différence de moyens entre son parti et le PS : « on a besoin de vous car on n’est pas un parti d’élus, ils ont deux-trois fois plus de personnes. Notre arme, c’est vous ».

Et qui d’autre que Cécile Duflot pour apporter la note finale au concert ? « Alors moi je suis très contente d’être là, mais il semble qu’il y ait d’autres personnes qui ne soient pas aussi contentes » ironise la secrétaire générale d’Europe Ecologie-Les Verts. « Il s’agit semble-t-il d’un monsieur Jérôme S, qui est très attaché à mon agenda et mon emploi du temps, et je l’en remercie infiniment ».

Malgré la présence de quelques « espions » socialistes dans la salle, il n’y a pas eu de pugilat verbal à EVE. Et pour cause : les socialistes se réunissent entre eux à quelques centaines de mètres de là, à la Chaufferie de Grenoble. L’occasion, pour André Vallini, de prédire un sombre destin à EELV en Isère : « Dommage pour eux mais dimanche soir, il n’y aura plus de conseiller général écologiste sur Grenoble ».

Round 4 ce dimanche dans les urnes, à moins qu’une nouvelle étincelle n’en avance la date. Quelque soit l’issue du scrutin, faisons confiance aux écologistes et socialistes isérois pour continuer à se détester cordialement, très loin du mirage du « rassemblement de la gauche »

Edit du 28 mars : le statu quo généralisé aura donc eu lieu : Olivier Bertrand réélu à Grenoble 1, le PS maintenu à Grenoble 3 et Saint-Egrève. Tout le monde a gagné et perdu en même temps.

Carte des cantonales en Isère

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.