L’Europe divisée sur les gaz de schiste

Il n’y a pas qu’en France que l’exploitation du gaz de schiste suscite des controverses. L’ensemble du « Vieux Continent » s’intéresse à cette question, une mobilisation qui atteint désormais les oreilles des institutions européennes…

Si le terme de gaz de schiste apparaît désormais de manière récurrente dans l’actualité, c’est qu’il intrigue au plus haut point – autant les écologistes que les simples citoyens. Le succès critique du film américain « Gasland » ainsi que la confirmation des dangers de son exploitation par le « New York Times » sur la base de données de l’Agence Américaine de Protection de l’Environnement (EPA) ont permis de contribuer à la mise en avant de ce sujet sur la place publique.

Jusque là cantonnée sur le continent américain, cette onde de choc a traversé l’Atlantique et essaimé en Europe, surtout depuis qu’un nombre croissant de pays est concerné par la question. La France est sur le devant de la scène depuis la mise en lumière des premiers permis d’exploration de gisements de gaz de schiste sur une zone de 10 000 km² entre Montélimar (Drôme) et Montpellier (Hérault), un décret révélé en décembre mais signé en toute discrétion en mars 2010 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie.

L’opposition à ces permis, autant politique que citoyenne, est à l’origine d’un début de schisme gouvernemental entre Nathalie Koscuisko-Morizet, qui a succédé à M. Borloo, et le ministre de l’Energie Eric Besson. La première, peu à l’aise sur ce dossier, a demandé au Premier ministre François Fillon l’annulation de l’ensemble des permis d’exploration, tandis que le second voudrait au contraire que ces recherches se poursuivent

Le Commissaire européen à l’Energie au cœur des critiques

Il n’y a pas plus d’unanimité à l’échelon institutionnel européen. L’eurodéputé Modem Jean-Luc Benhamias se désole, dans une tribune au « Nouvel Observateur », du mutisme du commissaire à l’Energie, l’Allemand Gunther Oettinger. Il constate qu’à sa note écrite envoyée à la Commission le 2 février dernier, il a reçu une réponse de « moins de 10 lignes » qui « balaye d’un simple revers de main les inquiétudes plus que légitimes des citoyens européens ». Et de conclure, devant l’absence d’arguments formulés par M. Oettinger, que « les collectifs citoyens savent désormais ce qu’il en est du côté de la Commission Européenne sur ce sujet ».

L’échange qui a opposé ce même commissaire aux eurodéputés, lors de la séance plénière du Parlement européen le 8 mars dernier, a permis de constater que l’opposition aux gaz non conventionnels n’est pas univoque. Les pays d’Europe de l’Est (NDLR : en premier lieu la Pologne, qui disposerait de 3 000 milliards de m3 de réserves de gaz de schiste) ainsi que les pays baltes se placent en effet en faveur de son exploitation pour plusieurs raisons : abandon progressif du charbon, « sûreté des technologies d’exploration » (sic), réduction de la dépendance énergétique de l’Union Européenne…

L’eurodéputé polonais Zbigniew Ziobro a signalé que le gaz de schiste serait à l’origine de la création de 200 000 emplois et des revenus supplémentaires de 8 milliards de dollars pour le seul Etat américain de Pennsylvanie, des faits que l’eurodéputée Europe Ecologie Les Verts (EELV) Michèle Rivasi qualifie d’ « intrigants ». Cette dernière a d’ailleurs pu constater que « les Verts et Corinne Lepage furent les seuls à s’opposer clairement au gaz de schiste ». Les conclusions du commissaire ne sont pas à même de les rassurer puisque ce dernier juge ce gaz comme « une nouvelle forme d’énergie renouvelable », en comparaison des énergies solaire et éolienne « qui ne fonctionnent que quelques heures par jour »…

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.