ALBUM. Takumi Uesaka & Peter Broderick – « Glimmer EP »

Il n’y a parfois pas besoin d’une orchestration complexe ou d’un artifice d’effets pour créer une « belle » musique. Les compositeurs Takumi Uesaka et Peter Broderick s’attachent à le démontrer – et avec succès – sur leur mini-album commun «Glimmer».

glimmer

Il est minuit. Nous sommes en train de marcher dans la nuit noire, cherchons à s’échapper calmement du quotidien. Il ne reste de lumière aux alentours que de faibles lueurs, autant de « Glimmer » puisque tel est la signification du nom de ce mini-album. Voilà le contexte idéal pour écouter ces sept titres composés à quatre mains par deux des plus intéressants compositeurs de post-rock/classique de ces dernières années. Le concept originel de l’album résume parfaitement cette ambition, conçu comme « si Takumi et Peter créaient spécifiquement une chanson pour un calme minuit ».

Les trois premiers titres, écrits par le guitariste japonais, se basent sur la même structure : une guitare acoustique électrique, des chuchotements, quelques bruits de la nature et la voix douce du jeune nippon. « Cosmonaut », « Glide » et « Light » sont ainsi autant de pièces fragiles et délicates à écouter au bord d’une route déserte. Pas si éloigné d’un Sigur Ros en mode minimaliste, le style de Takumi Uesaka convainc par sa sincérité et ses mélodies qui vont droit au but, légères, sautillantes, pleines d’espoir. Comme si la nuit n’était, au fond, que l’occasion de dessiner de meilleurs lendemains.

BRODERICK, OU L’INVITATION AU VOYAGE

Changement d’ambiance radical avec Peter Broderick qui poursuit ce travail avec quatre titres où la guitare est supplantée par le piano, le grain de voix d’Uesaka remplacé par celui, à la fois céleste et brut, du multi-instrumentiste de Portland. Dans la lignée du concept de « Glimmer », Broderick crée quatre compositions calmes et planantes, enregistrées dans l’église de Grunewald, à Berlin. Les mélodies s’enchaînent, implacables, enveloppantes : la réverbération du lieu d’enregistrement se ressent particulièrement avec ces motifs musicaux puissants, et pourtant simples. L’américain n’offre son phrasé que sur « Goodnight », introduction de cette symphonie nocturne.

Mais le véritable changement est ailleurs : là où Uesaka sort trois mélodies sorti d’un cocon cotonneux, Broderick évoque, avec la grâce d’un Dustin O’Halloran, la solitude de la nuit. Le piano se suffit à lui-même, rappelant certaines de ses précédentes productions comme le magistral « Pulling The Rain » sorti l’année dernière.

« Low Light » et « It’s A Storm When I Sleep » incitent à une certaine paix intérieure, obligent à se poser, à se laisser bercer en douceur. Broderick conclut sa superbe démonstration avec le brillant « Eyes Closed and Traveling », conclusion dans laquelle les yeux se ferment effectivement, se préparant à un long voyage immobile. Il est une heure du matin. Les choses sont plus belles qu’il y a une heure.

Takumi Uesaka/Peter Broderick – Glimmer EP (2010), est sorti le 10 janvier 2011 au Japon sur le label japonais Cote Labo (Import). Il est disponible depuis le 14 février 2011 en Europe et aux Etats-Unis en import mais aussi sur Internet. (14/20 pour Takumi Uesaka, 18/20 pour Peter Broderick –> 16/20). A noter que les quatre pièces de Peter Broderick ont été publiées de nouveau, sur Erased Tapes, au sein de l’EP « Grünewald » sorti en 2016 – incluant « Violin Solo #1 ».

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Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.