La vengeance du Watzvattwrak

OUI, j’ai été jeune.

Insouciant, les cheveux au vent et les oreilles en dedans, j’ai aussi connu cette période d’égarement. Un temps.

Tu ne sais pas encore trop quoi faire de ta vie, tu suis les chemins qu’on t’a tracés et, quand aucune voie ne t’est indiquée, tu prends – au choix – soit l’autoroute que tout le monde prend, soit le chemin qui sent encore le goudron tellement personne ne l’emprunte. N’ayant pas de traces de chromosomes de mouton dans mon génotype, j’ai préféré opter pour la seconde option. Les cheveux au vent, et en plus sans gel. OUI, j’ai été jeune. Et con.

Quand tu commençais à groover aux rythmes d’Alliance Ethnik, je bachotais Schubert au moins une heure par jour (en théorie). Tu t’amusais en regardant Jean-Marc Morandini à la télé et tu le trouvais rigolo quand il invitait des grands philosophes sur son plateau, alors que pendant ce temps je m’adonnais à de saines lectures promptes à me rendre parfaitement asocial pour le commun des mioches de mon âge.

Puis, comme lors d’une rencontre fortuite entre une cheminée plus ou moins chaude et une bûche plus ou moins longue, je me suis surpris à découvrir de nouvelles sonorités, de nouveaux rythmes, de nouvelles manières de concevoir la musique, de nouveaux stratagèmes pour faire fuir tout le monde autour de moi dans la cour de récré, de nouveaux et subtils moyens de m’enfermer dans une bulle d’incompréhension généralisée. (Mais ne la ramène pas, impie : à cette époque, tu te passionnais pour ça. Et pour ça aussi).

Je suis tombé sans comprendre dans le petit monde de la dance puis, instintivement, ai rapidement dérivé vers la [wikipop]trance[/wikipop]. C’est comme quand tu commences la cocaïne ou les Tagada Pink : un soupçon de consommé, une envie irrépressible de continuer. Et une rime de merde pour enchaîner.

Je ne serai probablement jamais tout à fait guéri de cette période, même si depuis Sigur Ros a remplacé Floorfilla dans mon panthéon et Tchaïkovski a de nouveau fait la nique à 666 (et là tu pleures car tu te rappelles du contenu de ton walkman K7 d’il y a dix ans). On ne sort jamais complètement indemne d’une addiction.

Il m’en est resté quelques fragments qui, malgré les années, le développement de l’Internet, l’accroissement continu de ma culture musicale qui te pousse à te balancer des liens de musique expérimentale ou de la LOL-musique à plein nez, sont restés plongés dans l’inconnu. C’est là, en fait, le véritable but de cet article. Pas de pondre une auto-psychanalyse à travers le prisme du son. Enfin, je crois. Bref, tu vois, cet inconnu, ça me laisse comme un vélo sans sa selle, Nancy sans sa place Stanislas, Cindy Sander sans son strass, CA ME LA FOUT SUPER MAL, tu vois, je ne sais pas pourquoi je te tutoie de la sorte depuis le début de cet article mais j’aime bien créer une rapide proximité avec les gens, c’est ainsi, et j’aime beaucoup les virgules et les phrases à rallonge (et ça fait beaucoup d’allitérations en S).

S’il te plait, et je te le demande comme un service que même Shiva, Mahomet et Bernard Montiel réunis n’ont pour l’instant pas réussi à satisfaire, jette un coup d’oreille à l’interminable série de vidéos qui suit cet article. Ces ritournelles, qui ne sont pas extraites d’un vieux tiroir d’un placard de Francis Cabrel, sont ressorties lors de ma dernière escapade bretonne. Elles étaient là, sagement posées dans un carton poussiéreux, enregistrées sur ces amies des Amstrad et autres disquettes qu’on appelait CASSETTES AUDIO. Oui, si tu as moins de 15 ans et que tu ne sais pas de quoi je parle, c’est normal mon bichon. Oui, j’aime bien créer une rapide proximité avec les gens, et des fois j’appelle les gens mon bichon juste parce que je trouve que c’est mimi tout plein. AU SECOURS, dans cette dernière phrase j’ai l’impression de m’être exprimé avec le vocable de Dora l’Exploratrice.

Euro-dance pouet pouet, techno vaguement audacieuse, trance old school, j’avais capturé ces mélodies ça et là, au début de la précédente décennie, des deux côtés de la Manche, en regardant les têtes de K7 tourner et, parfois, s’enrayer dans le lecteur et offrir à l’écrivain-de-ces-lignes de passionnantes séances de chirurgie haute précision sur chaîne hi-fi en détresse.

Si tu n’en connais, ne serait-ce qu’une seule, tu auras le droit à une bise sur ton postérieur si je suis amené à le croiser. Tu peux véhiculer mon propos où tu veux, toutes ces vidéos, émanations d’un passé pas si lointain où le monde ne tournait pas aussi vite que maintenant, où Cindy Sander n’était qu’un concept flou caché au milieu de la Lorraine et où les Black Eyed Peas faisaient de la musique.

Merci.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.