Le charbon est-il condamné ?

Utilisé comme source d’énergie, le minerai noir fait de moins en moins d’adeptes. Cela n’est, paradoxalement, pas forcément de bon augure pour l’environnement.

« Le charbon est une énergie du passé ». Les mots de Mary Anne Hitt, directrice de la campagne contre le charbon de l’organisation écologiste américaine Sierra Club, sont définitifs. Ils traduisent une réalité chiffrable sur le territoire nord-américain : pour la seconde année consécutive, les Etats-Unis n’ont pas construit de nouvelle centrale au charbon. Entre 2000 et 2008, le pays avait pourtant lancé pas moins de vingt nouvelles unités de production… La situation s’est dégradée depuis, à tel point qu’a été annoncée la fermeture de 48 centrales, tandis que 38 projets de nouvelles unités ont été retardés voire même abandonnés.

Et pour cause, « les banques ne les financent plus, les assureurs ne les assurent plus et l’économie du charbon propre ne tient pas la route » résume Kevin Parker, membre du comité exécutif de la Deutsche Bank. « Le charbon est un cadavre qui marche » insiste M. Parker. La baisse de la demande d’électricité outre-Atlantique, due à la récente récession économique, n’arrange en rien son état de santé. Qu’est-ce qui peut expliquer cette désaffection ?

Energies renouvelables et gaz de schiste

Il y a d’abord une raison politique : la colère de Barack Obama. Echaudé par l’échec de sa loi climat, le président américain s’est attaché à imposer par décrets successifs de nouvelles règles anti-pollution, appliquées durant l’année par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) – et ce malgré la puissance retrouvée des lobbies pétrolier et charbonnier. Devant ces nouveaux textes, les charbonniers ont en tout cas de quoi s’inquiéter : la moyenne d’âge des centrales à charbon est de 43 ans, et la plupart ne disposent pas de moyens modernes de lutte anti-pollution…

Le charbon est, par conséquent, remplacé par d’autres sources d’énergie. Le solaire semble, selon les chiffres du Sierra Club, avoir tiré son épingle du jeu. Les bénéfices économiques apportés par les installations photovoltaïques aux Etats-Unis auraient atteint les 2,6 milliards de dollars cette année (1,98 milliard d’euros), une manne économique qui échappe donc à l’industrie du charbon. Les opérations médiatiques d’associations écologiques ne sont pas non plus étrangères à cet essor, comme cette récente mise en garde de Greenpeace contre Facebook, dont l’électricité serait majoritairement issue du charbon. Les politiques volontaristes de nombreux Etats fédéraux, avec en première ligne la Californie, constituent enfin un autre signe encourageant pour le petit monde de l’énergie verte.

Mais celui-ci n’est pas le seul à vouloir assurer la succession du charbon. Il y a aussi le gaz de schiste, dont l’exploitation a déjà permis aux Etats-Unis de (presque) assurer son indépendance énergétique. Loin d’être aussi écologiquement vertueuse que le solaire ou l’éolien, cette énergie est même de plus en plus contestée pour ses nombreux méfaits sur l’environnement. Les perspectives économiques que ce gaz propose continuent toutefois de susciter l’intérêt, les cours du gaz étant toujours faibles. L’ « exemple » américain a même donné des idées à la France qui commence à se lancer sur ce marché, faisant naître de nombreuses inquiétudes du côté des défenseurs de l’environnement

Ailleurs sur la planète…

Il n’y a au final que deux Etats qui n’ont pas encore totalement renoncé au charbon, la Chine et l’Allemagne. La première, régulièrement incriminée pour la prééminence de cette source d’énergie dans sa production d’électricité, consomme à elle seule près de la moitié du charbon extrait à l’échelle mondiale et en importe en grandes quantités. L’Empire du Milieu tente malgré tout de développer en parallèle son marché des énergies propres.

L’Allemagne cherche, d’un côté, à réduire l’impact du charbon sur l’atmosphère grâce à de nouvelles techniques de captage/stockage du CO2. Mais elle vise aussi à s’en défaire complètement au profit des énergies renouvelables : elle est déjà un fer de lance mondial sur le photovoltaïque et aspire à n’utiliser que des sources d’énergie renouvelables à l’horizon 2050. Autre symbole de la lente mort du charbon en Europe, la transformation progressive de la centrale thermique britannique de Drax qui abandonne le charbon pour la co-combustion.

Malgré ces sombres horizons, les charbonniers américains vont continuer à se battre pour défendre leur pré-carré. Le passage du Congrès sous majorité républicaine en novembre dernier n’aura pas qu’anéanti la loi énergie-climat du président Obama mais aussi renforcé les lobbies du pétrole et du charbon, proches du Parti Républicain. Ils n’ont d’ailleurs pas hésité à signaler qu’ils casseraient les règles de l’EPA en 2011, et on sait qu’en termes d’environnement Barack Obama est plus empreint de realpolitik que d’idéalisme écologique. Le charbon n’a donc beau plus être qu’un « cadavre » pour certains, il mettra probablement bien du temps avant de pousser son dernier souffle.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.