Gastronomie féérique (Resucée du 13 mars 2010)

On ne s’en rend pas forcément compte mais tenir un blog, l’actualiser avec régularité, en faire quelque chose de vaguement journalistique sous le décan de l’impertinence, de l’absurde et du gratin de courgettes, eh bien, tout ça, ça fait beaucoup de virgules, certes, mais ce n’est pas si facile. Si facile quoi, d’ailleurs ? Ah oui, tenir un blog. Il faut produire, beaucoup, bien, avec régularité, avec originalité. En somme, tout ce qu’on demande à un journaliste professionnel, mais sans être payé, même pas 30% du SMIC. Ceci étant dit, ce qui est cool avec un blog (un mot de djeuns, un !), c’est qu’on peut écrire ce que l’on veut, même si c’est faux, discriminant, débile, insultant, Reese Witherspoon tu n’es qu’une salope, de mauvaise foi, tutti quanti. De toute façon, vu le caractère pour le moins touffu de la blogosphère, personne ne lit ce blog. Comment s’en rendre compte ? En observant les courbes de fréquentation quatorze fois par jour et comprendre que rien ne se passe. A peine auras-tu, peut-être, l’honneur de voir tes articles se faire spolier par un étrange agrégateur de contenus.

Autant dire que pour conserver un semblant de moral à étaler sous des yeux fatigués par l’écran ces amoncellements d’inutilités, il faut du courage. Et de la drogue. Car, pour être aussi frappadingue, il faut que l’écrit soit une drogue. Et c’est ma cocaïne, je l’admets. (Encore, il y en aurait toujours dans le Coca-Cola, j’en boirais peut-être quinze litres par jour. A la place, j’ai le café. CAFEEEEEEEEEEEEEE ! Pardon). Sinon, pour tenir le coup, il faut savoir se donner des susucres. (Avec le café. CAFEEEEEEEE ! Pardon encore). S’il y a bien une chose pour laquelle, paraît-il de source peu fiable, j’aurais un hypothétique talent à caractère partiel (note toutes ces précautions), c’est le dézinguage vestimentaire. J’aurais préféré qu’on me déclare être doué en danse, au piano, dans mes productions littéraires, mais les seules fées qui se sont – toujours paraît-il – penchées sur mon berceau ont toutes fait au moins une pige pour les pages « Mode » du Figaro Madame. Me voilà bien verni. Voyons donc si la verve des débuts est partie – ou pas – en vous offrant ce, comment dire ? Magnifique ?

« Premier tutorial par l’exemple de la reconnaissance instinctive et immédiate du fashion faux-pas ».

Et je ne le fais même pas payer. Ma banquière va être ravie. Mais ma vie, en fait, on s’en fiche.

On peut qualifier cette démonstration de « diagnostic faux-pas », comme les garagistes font des « diagnostics pneus » et les médecins des « diagnostics de santé ». Les « diagnostics faux-pas », c’est pareil : ils qualifient la santé d’une personne en jugeant son apparence, chose aussi objectivable que le taux de cholestérol ou le nombre de caries aux dents. A bas la dictature du quantitativisme acharné ! Bref. Nouvelle occasion en or (plaqué évidemment, sur un bracelet Chanel) d’affûter mes couteaux déjà avisés : la cérémonie 2010 des Oscars. Ce fut un tapis rouge d’expérimentations, de pouffements discrets, de soupirs de lassitude, d’ouvertures de bouche consternée, puis d’ouvertures de bouche envieuse. Comme toujours, le meilleur pour la fin. J’adore les surprises.

1. Jennifer Lopez & Marc Anthony

Version officielle : Jennifer Lopez joue la carte de la simplicité chic dans cet ensemble Armani Privé, robe drapée avec extension, petite mallette aux motifs réguliers et finement dessinés, chaussures douces et élégantes, radieuse dans un océan de blancheur pastel, rayonnante de ses dents. A ses côtés, nous sommes ravis d’apprendre que Marc Anthony existe toujours.

Version officielle améliorée : Jennifer Lopez joue la carte de la simplicité chic (reine du minimalisme devant l’éternel) dans cet ensemble Armani Privé (simplicité, on a dit !), robe drapée (espèce de moulage vaguement rose avec des motifs qui rappellent les belles heures de Moltonel) avec extension (explication nécessaire : Jennifer, tellement simple, avait demandé une certaine quantité de tissu papier-cul pour sa robe. Mais comme elle est simple et minimale, il y avait du surplus. Alors, chez Armani Privé, on a eu l’idée d’en faire une chute de blanc de poulet s’étalant avec grâce sur le côté – et encore, un seul, le gauche ! – car Jennifer, elle est tellement simple, elle ne veut pas gâcher. En somme, nous avons trouvé en Jennifer le successeur rêvé de Guy Roux et Madrange, à moins que ce fut Bernard Laportemalfermée, avec toutes ces récupérations publicitaires je ne m’y retrouve plus), petite mallette (le moins qu’on puisse dire. Je n’ai jamais compris. Hormis ta carte de crédit, que peux-tu mettre dedans ? Sachant que Jennifer, toujours aussi simple, a son ensemble de maquillage et ses 46 miroirs toujours sur elle… Serait-ce là, la parade de l’extension ? En fouinant bien, on va bien finir par retrouver des tubes de rose à lèvres dans son Madrange occidental) aux motifs réguliers et finement dessinés (vu la place, sûr qu’il faut y aller avec finesse), chaussures douces et élégantes (blanches, quoi), radieuse dans un océan de blancheur pastel (alors là il faut s’arrêter sur la notion de blancheur pastel. Qu’est-ce que le pastel ? Peut-il réellement se mêler avec l’incarnation parfaite de la non-couleur qu’est le blanc, au risque de trahir la notion même de couleur ? Ne faut-il pas plutôt voir un beige rosé illuminé à outrance ? Au pire, si on ne trouve pas, on demandera à celui qui lui a fourni le rideau qui lui sert d’extension en forme de moumoute de quel ton avait-il nommé sa pièce d’orfèvrerie), rayonnante de ses dents (encore heureux, vous la voyez, vous, Jennifer, la bomba latina, avec des dents rouges et jaunes sous forme de rayures horizontales, gueulant « Arriba arriba arriba » sur le tapis ?). A ses côtés, nous sommes ravis d’apprendre que Marc Anthony existe toujours (nous, moins).

Version jeleurtapesurlatronchecarjesuisunepauvresse : Sur le thème éculé, quatre mille fois présenté, représenté et spolié et re-spolié, du noir et blanc, Marc Anthony et Jennifer Lopez réussissent à apporter leur petite touche en ajoutant à ce contraste de couleur celui de l’intérêt. Comment dire ? Le truc à gauche paraît tellement insignifiant, dans cet ensemble de croque-mort qui ne colle pas avec ses lunettes de branleur, qu’on se dit qu’on aurait préféré pour lui qu’on n’apprenne pas qu’il existe toujours, en fait. M’étonnerait pas qu’il soit déjà entré sur le site Bide-et-musique. Alors qu’au contraire, la chose à sa gauche laisse place à l’étalement lexical (cf. juste au-dessus), cherchant l’audace et ne récoltant que les crasses. Et pourtant, Jennifer, je peux te jurer que tu vas être l’une des moins détruites de cet article. Un frisson traverse l’assemblée.

2. George Clooney et Elisabetta Canalis

Version officielle : what else que la classe ? Clooney et Canalis nous offrent ici un superbe exemple de ce que peut être le chic international. Notre buveur de café préféré affiche une mine rayonnante et fait de sa chevelure grisonnante un atout charme irrésistible. Cet ensemble charbon parfaitement taillé permet d’affiner sa silhouette qui se révèle chatoyante. A ses côtés, Canalis arbore un visage radieux : on la comprend ! Sa robe Roberto Cavalli, assortie à la mallette, resplendit de mille feux et place sous les yeux des photographes, une certaine vision de la féminité parfaite.

Version officielle améliorée : what else que la classe ? (Mon poing dans ta gueule si tu continues à faire des références aussi craignos dans tes discours) Clooney et Canalis nous offrent ici (offrent… offrent… Comme si c’était vraiment un cadeau) un superbe exemple de ce que peut être le chic international (américain, vous aurez fait la traduction par vous-même). Notre buveur de café préféré (COMMENT CA ? JE CROYAIS QUE C’ETAIT MOI ?) affiche une mine rayonnante (on le voit mal avec des concombres sur la figure et des yeux explosés par trois cuites consécutives) et fait de sa chevelure grisonnante (bah oui, mesdames mesdemoiselles, il est plus tout jeune le Georgeounet !) un atout charme irrésistible (mais pas autant que son compte en banque). Cet ensemble charbon (comprenez, noir, mais il a fallu se servir d’un dictionnaire des synonymes pour éviter les répétitions superflues) parfaitement taillé (on l’imagine avec une tenue de rasta, la ganja à la main) permet d’affiner sa silhouette qui se révèle chatoyante (on ne juge que sur pièces, et puis, c’est pas que je veuille trop la ramener, mais il est plus tout jeune le Georgeounet !). A ses côtés, Canalis arbore un visage radieux (quoique les joues rouges trahissent un excès de Manzana la nuit dernière) : on la comprend (ben… non) ! Sa robe Roberto Cavalli (truc rouge qui, au choix, est soit trop longue, soit est tellement minimale qu’en fait c’est une serviette de bain en satin et que si Elisabetta enlève sa main, elle se retrouve cul nu devant les objectifs), assortie à la mallette (encore !), resplendit de mille feux (c’est le minimum quand on tente le rouge vermillon) et place sous les yeux des photographes, une certaine vision de la féminité parfaite (je ne suis pas suffisamment spécialiste du sujet pour en parler, vous vous ferez votre idée. Comment ça, je vous fais réfléchir ?! Et même penser ! Attendez, on n’est pas sur TMC ici, soyez plutôt content que votre cerveau soit enfin, dans cet univers médiatique lobotomisé, mis à épreuve – et encore, pas très rude).

Version karllagerfeldmademandédemetairejeluiairépondujetedemandedetrouverdevraisvetementsàtemettre : Le rouge et le noir : sans même s’en rendre compte, le Stade Rennais et Stendhal sont les deux plus grands inspirateurs de la mode actuelle. Sinon vous avez remarqué quelque chose ? Quand l’homme est moins insignifiant que Marc Anthony (cf. au-dessus), il est TOUJOURS plus grand que la femme. Parce que si mes souvenirs sont bons, Clooney n’est pas un géant de guerre. Enfin bref. Là, vous vous dites que je ne suis pas si méchant que cela, mais nous n’en sommes qu’au début, vous savez. J’ai commencé par les plus faciles. Un nouveau frisson traverse l’assemblée. J’aime bien cette formulation.

[Suite]

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.